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L'INFORMATION DU BIBLIOPHILE.

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Sauvons d'urgence le patrimoine de l'Imprimerie nationale.

Bibliothèque nationale de France - Exposition "Pages chrétiennes d'Égypte" : Les manuscrits Coptes...

George Sand, Félix Nadar, portraits photographiques» au palais Jacques Coeur à Bourges.

Enrayer la disparition des trésors d'IRAK qui a vu se succéder pendant plus de 5 000 ans les grandes civilisations de la Mésopotamie.

IRAK : Quinze mille antiquités volées au musée de Bagdad toujours introuvables.

IRAK : Une bibliothèque de Nassiriyah avec des ouvrages de valeur incendiée

Padoue célèbre Pétrarque, le "roi des poètes"

Drouot Une pièce autographe du maître de la Renaissance aux enchères. Le trait de Michel-Ange.

Enchères records pour une partie de la bibliothèque de Daniel Filipacchi

Ces livres qu'on détruit. la destruction sans fin des bibliothèques.

BIBLIOPHILIE Marché du livre ancien chaque week-end dans le parc Georges-Brassens ( Paris - XVe)

Hommage à Michel Castaing, expert paléographe.

ART DE L'ISLAM. Une sélection dans les collections belges, du 5 décembre 2003 au 25 avril 2004.

Ouverture de la plus grande bibliothèque numérique en chinois du monde. 

Rencontres littéraires - Une visite littéraire au château de Kynzvart, Bohême de l'Ouest.

Le chaos Leopardi Première mondiale : la traduction intégrale du «Zibaldone», le gisement d'idées du plus grand poète italien depuis Dante.

Double hommage à Edmond et Jules de Goncourt à la BNF du 9 décembre au 22 février.

Vatican-bibliothèque. Une " découverte exceptionnelle ".

Record pour Montaigne chez Sotheby's (Paris)le jeudi 27 novembre.

Enchère record pour un brouillon de Rousseau à 96.725 euros chez Sotheby's

La Bibliothèque nationale de Chine fait appel à des souscriptions pour la remise en état de livres anciens précieux

Les papyrus vont-ils disparaître dans les coffres-forts ? Professeurs et conservateurs craignent une marchandisation de ces précieux documents et une flambée des prix empêchant les institutions publiques de les acquérir à des fins pédagogiques.

Exposition - Peinture et finance à Sienne ( Italie ) - Icônes de la vie économique

Bibliothèque nationale du Royaume du Maroc : un joyau pour abriter les trésors culturels du Maroc. Rabat devra accueillir la nouvelle Bibliothèque nationale du Royaume dont la pose de la première pierre a été effectuée mercredi 23 juillet 2003, par SM le Roi.

La bibliothèque d'Alexandrie crée un département pour le Maroc.

Les oeuvres «perdues» de la République.

Le Danemark retrouve des trésors volés 3200 livres anciens dérobés

Un conservateur de la Bibliothèque nationale de France déferré après la disparition de manuscrits.

Découverte historique à Windsor.

Prix Jacques Mercier 2004 à l’ICHEC Belgique.

La BNF face au "défi" de conserver la mémoire d'internet.

Les Capucins de Bulle et de Fribourg (Suisse) lèguent leur bibliothèque.

Deux manuscrits inédits en vente évoquent sa naissance et ses relations avec Verlaine. Arthur Rimbaud, le chaînon manquant.

Egypte: Découverte du site de l'antique bibliothèque d'Alexandrie

Voyages en Italie avec Gallica. Bibliothèque numérique de la BnF.

Une édition rare de «Hamlet» ne trouve pas preneur à une vente aux enchères.

Le musée de l’imprimerie de Lyon s’enrichit d’une collection de marques d’imprimeurs du XVe au XIXe

Deux précieux manuscrits de Paul Verlaine entrent dans les collections publiques grâce au Fonds du patrimoine.

Il est à craindre qu’à la rentrée de 2004, l’enseignement du grec et du latin disparaisse.

Une bibliothèque sur Thang Long - Hanoi est prévue.

Le festival Etonnant Voyageurs de Bamako (Mali) prend de l'ampleur.

La Bibliothèque nationale de France rend hommage à Abdel Rahman Mounif

L’ancienne Bibliothèque des Jésuites à Shanghai (Chine) va rouvrir ses portes Après dix ans de fermeture

Vente à Paris, les 3 & 4 décembre 2003, de la bibliothèque littéraire Robert Moureau.

Destruction importante de manuscrits en Inde.

Bibliothèque nationale d’Algérie. Ouverture de trois annexes

Un livre sur le voyage de Moulay Hassan au Tafilalt. Un récit passionnant et riche en informations sur le Maroc de 1893.

Les Bibliothèques du Désert. Recherche est études sur un millénaire d'écrits.

Fondation Bodmer à Genève ouvre ses entrailles. Le musée souterrain de la bibliophilie.

Les tortueux chemins de croix de deux manuscrits liégeois.

Vol de livres anciens à la Bibliothèque royale danoise : trois arrestations.

La Mésopotamie, si loin, si proche par Joseph Yacoub. Il est des guerres qui détruisent, mais qui accélèrent la trame de l’Histoire et modifient le cours de la pensée.

Restauration de vieux ouvrages de l'entrepôt des imprimés d'Indochine. Actuellement, la bibliothèque des sciences de Hô Chi Minh-Ville est l'unique établissement de l'État, chargé de leur restauration. -

L’ancienne bibliothèque des jésuites à Shanghai va rouvrir ses portes.

Heureux qui comme Ulysse... la bibliothèque des Chiroux contient toute la mémoire de Liège (Belgique).

Lire en Egypte, d'Alexandre à l'Islam - L'histoire du livre grec et latin trouve dans les découvertes archéologiques d'Egypte une part majeure de ses sources.

La bibliothèque humaniste de Sèlestat - Des petits trèsors à merveille.

Le Vatican édite un dictionnaire du latin moderne. Cet ouvrage, le "Lexicon Recentis Latinitas" (dictionnaire des latinités récentes), commercialisé au prix de 100 euros.

Les catalogues de la bibliothèque de l'Institut du monde arabe, plus importante ressource documentaire sur le monde arabe en Europe, sont désormais accessibles en ligne, a indiqué mardi l'IMA, parlant "d'atout unique pour les chercheurs".

 

Le Danemark retrouve des trésors volés.

3200 livres anciens dérobés.

Il a fallu aux enquêteurs quelque 75 caisses en bois pour évacuer la collection «personnelle» qu'un responsable de la Bibliothèque royale du Danemark s'était constituée chez lui, à l'insu de son employeur. Pendant une bonne dizaine d'années, il avait dérobé quelque 3200 livres anciens, dont certains -- remontant jusqu'au XVIe siècle -- d'une grande valeur. Une affaire qui, bien que d'une tout autre ampleur, rappelle celle impliquant actuellement un conservateur en chef de la Bibliothèque nationale de France (BNF), soupçonné du vol de cinq documents anciens.

Lundi 16 août 2004 - http://www.ledevoir.com/2004/08/16/61482.html


Les oeuvres « perdues » de la République.

La vente à New York d'une Bible du XIVe siècle conservée à la Bibliothèque nationale de France vient relancer le scandale des vols dans les collections publiques. Sur les 100 000 oeuvres inventoriées par la commission Bady, chargée de recenser les oeuvres d'art appartenant à l'Etat, 12 500 d'entre elles se sont volatilisées.

En faisant part, dans un courrier adressé au président de la Bibliothèque nationale, de sa vive inquiétude à la suite de la découverte de vols commis dans le département des manuscrits, le ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres, semble vouloir aborder le problème de face. Une réflexion est prévue à la rentrée sur la mobilité des conservateurs chargés des fonds ainsi que sur la circulation des biens culturels, associant les professionnels du marché, les responsables scientifiques et les services de police et de justice.

L'affaire a démarré en 2000, lorsque des disparitions répétées de manuscrits anciens dans les réserves de la Rue de Richelieu alertèrent la direction de l'établissement public. Depuis, les enquêteurs surveillaient discrètement ses 400 employés. La vente en 2003 chez Christie's, à New York, d'une Bible du XIVe siècle a fini par les mettre sur la piste du conservateur en chef au département des manuscrits hébraïques. Michel Garel, fils de résistant, vice-président du conseil d'administration de l'OSE (OEuvre de secours aux enfants), a avoué être l'auteur de ce vol qui lui aurait rapporté la coquette somme de 300 000 euros. Mais aussi, ce qui est pire encore, de la mutilation irréversible de nombreux manuscrits des XIIIe, XIVe et XVe siècles, détériorés afin de vendre leurs enluminures.

Ce nouveau scandale souligne l'importance du « récolement », cette vaste opération de recensement des oeuvres d'art de la France, demandée en 1995 à la Cour des comptes par Alain Juppé. «C'est le premier récolement d'une telle ampleur, déclare Jean-Pierre Bady, président de la commission chargée de le mener, et il consiste à confronter les catalogues de collection à la présence matérielle des oeuvres. Le mandat devait s'étendre sur deux ans, mais, vu l'ampleur du sujet et les complications que nous avons rencontrées sur le terrain, on ne prévoit pas son achèvement avant 2007.»

(Extrait) © lefigaro.fr 14 août 2003


La bibliothèque d'Alexandrie crée un département

pour le Maroc.

La direction de la bibliothèque d'Alexandrie a décidé de créer un département dédié à la pensée, la littérature et l'art marocains. L'association marocaine des amis de la bibliothèque d'Alexandrie (AMAB) a appelé, dans un communiqué, les écrivains marocains intéressés à fournir des exemplaires de leurs publications dans ces domaines, que l'association se chargera par la suite d'envoyer à la bibliothèque égyptienne. L'AMAB se fixe pour mission de servir de trait d'union entre les penseurs et créateurs marocains et la bibliothèque d'Alexandrie. La bibliothèque a été l'initiatrice entre autres d'un forum sur la réforme dans le monde arabe, qui constitue désormais un rendez-vous régulier et un cadre de dialogue et de débat ouvert à toutes les initiatives et projets arabes.

L'Economiste - Synt de L'Economiste/Map - Vendredi 13 août 2004


Bibliothèque nationale de France - Pages chrétiennes d'Égypte : Les manuscrits Coptes...

La Bibliothèque nationale de France, qui possède l'un des plus beaux fonds de manuscrits coptes et coptes-arabes du monde, organise une exposition intitulée Pages chrétiennes d'Egyptes. Les manuscrits Coptes.

Lorsque le christianisme se répandit en Egypte, à partir du IIe siècle, la traduction de ses écrits fondateurs dans la langue autochtone coïncida avec un changement de système graphique : cette dernière phase de l'égyptien, qui s'appelle le copte, n'est en effet plus transcrite en hiéroglyphes, mais à l'aide de l'alphabet grec enrichi de sept signes dérivés de l'ancienne écriture.

A partir de la fin du IIIe siècle furent copiés en copte de nombreux manuscrits, en particulier dans les monastères - l'Egypte est le berceau du monachisme - et les églises. À travers la période byzantine et musulmane, cette tradition de copie s'est perpétuée en s'adaptant, jusqu'au XIXe siècle, le copte étant toujours aujourd'hui la langue liturgique des quelques millions de chrétiens d'Egypte.

Suscitée par la tenue à Paris, du 28 juin au 3 juillet, du 8e congrès international d'études coptes, qui rassemblera environ deux cents spécialistes de ce domaine, cette exposition a pour but de présenter différents aspects de cet art du livre, autour de quatre thèmes :

Copie et ornement des livres saints : de manuscrits sobres, sans décorations, où l'écriture est la même que celle des manuscrits grecs contemporains, la tradition évolue vers des livres plus grands, où l'écriture acquiert ses caractères propres. Ils sont décorés, souvent modestement, mais joyeusement, de motifs colorés, végétaux ou animaux. Grâce aux efforts de l'égyptologue Gaston Maspero, la Bibliothèque nationale a pu acquérir, à la fin du XIXe siècle, plus de la moitié des vestiges de la bibliothèque d'un grand monastère de Haute-Egypte qui conservait les restes de la littérature la plus ancienne. La relative austérité de l'ensemble fait d'autant plus admirer les exemplaires d'apparat en provenance de Basse-Egypte, tels le copte 13, évangéliaire entièrement enluminé ou l'arabe 12, pentateuque orné à la manière d'un Coran, véritables trésors artistiques. Les manuscrits bilingues coptes-arabes, majoritaires à partir du XIIe siècle, permettent de percevoir comment se fait la cohabitation entre deux écritures et deux langues fondamentalement différentes.

Livres liturgiques : très nombreux à partir du XIe siècle, alors que la langue copte était devenue minoritaire, ils sont de contenus divers (lectionnaires, rituels, recueils d'hymnes) et donnent une image vivante de l'activité religieuse. Au hasard d'une page, on découvre parfois de manière inattendue une lettre soigneusement peinte comme un visage. Quelques objets empruntés au Louvre viennent compléter cette section.

Variété des supports : papyrus et parchemin sont les matériaux les plus anciens, remplacés progressivement par le papier. A côté de ces supports traditionnels, mais chers, on trouve aussi, pour des textes de moindre importance, les tessons de poterie et les éclats de calcaire. L'art de la reliure - les livres coptes en sont les plus anciens témoins - est illustré par quelques exemples.

Histoire des études coptes : on oublie souvent que c'est le copte qui a donné à Champollion la clef du déchiffrement des hiéroglyphes. Sa "Grammaire égyptienne" est là pour illustrer ce fait. D'autres manuscrits coptes-arabes médiévaux de nature grammaticale, composés par des lettrés coptes essayant de sauver leur langue en voie d'extinction et soigneusement collectionnés par des érudits du XVIIe siècle, tels Peiresc ou Gaulmin, permettent de comprendre dans quelle tradition s'inscrivait Champollion et sont nées les études coptes modernes.

Exposition du 30 juin au 29 août 2004. Site Richelieu - Crypte, du mardi au samedi de 10h à 19h. le dimanche de 12h à 19h. Fermé lundi et jours fériés. Entrée libre : renseignements 01 53 79 59 59

08/08/2004 - http://www.topchretien.com/topinfo/affiche_info_v2.php?Id=6800


 
Découverte historique à Windsor

Huit cents numéros du journal francophone Le Progrès de Windsor ont récemment été découverts dans les archives municipales de Windsor.

C'est Daniel Noël, un employé de la bibliothèque municipale, qui a fait la découverte. Les historiens connaissaient l'existence du Progrès de Windsor, mais rares sont ceux qui ont mis la main sur un exemplaire.

La bibliothèque municipale de Windsor a fait appel à l'historien et folkloriste Marcel Bénéteau pour rendre ces journaux accessibles au public dans Internet. « Ça nous donne un beau petit portrait de la communauté francophone d'il y a une centaine d'années », dit-il. « Le Progrès de Windsor a été fondé en 1881 par Orel Paco, un avocat d'Arthabaska, au Québec. Ses frères Gaspard et Benjamin ont ensuite dirigé le journal jusqu'en 1921 », ajoute l'historien.

Selon Marcel Bénéteau, le journal témoigne d'une importante présence francophone au-delà de nos frontières : « C'est clair, dès le début, quand ils annoncent leur politique dans le premier numéro, qu'ils s'adressent aux canadiens français du comté d'Essex et de Detroit. Même au début, ils ont un bureau à Windsor et un à Detroit. On voit, dans ces années-là, entre 1880 et 1890, qu'il y a encore une population francophone importante à Detroit »

Paul-François Sylvestre est l'auteur d'un livre sur les journaux de l'Ontario français. Pour lui, cette découverte est extraordinaire : « Pour moi, les mots qui viennent tout de suite sont : mine d'informations. C'est une période qui n'est pas nécessairement très bien connue, certainement pas une période qui est très bien connue du côté francophone. »

Une fois les huit cents numéros de la période 1881-1901 encapsulés et numérisés, les chercheurs pourront procéder à une analyse plus précise.

© Radio-Canada. 03 août 2004


Un conservateur de la Bibliothèque nationale de France déferré après la disparition de manuscrits.

PARIS (AP) - Le conservateur en chef en charge des manuscrits hébreux (1) de la Bibliothèque Nationale de France (BNF) a été présenté vendredi à la juge parisienne Nathalie Turquei, en charge d'une enquête pour «vols et recels en bande organisée» de manuscrits anciens.

On précise de source policière que le suspect, présenté comme une sommité dans son domaine, a été interpellé mercredi sur le site Richelieu, dans le IIe arrondissement. Il est soupçonné d'avoir dérobé des feuillets ou des manuscrits entiers destinés à alimenter le réseau des collectionneurs. Les documents dataient des XIVe, XVe et XVIe siècles.

Plusieurs plaintes ont été déposées depuis que les premières disparitions ont été constatées en 1998.

Agissant dans le cadre d'une commission rogatoire depuis février dernier, la brigade de répression du banditisme a interpellé et placé en garde à vue le conservateur en chef, qui a nié les faits dans un premier temps, avant de changer de version au palais de justice. Tout comme son épouse, dont le rôle n'a pas été précisé, il a été mis en examen et placé sous contrôle judiciaire.

Les ouvrages dérobés, qui se chiffreraient par dizaines, étaient tous d'une valeur inestimable, précise-t-on de même source.

AP : 30 juillet 2004

(1) : Constitué depuis le XIVe siècle, par la volonté du roi Charles V le Sage, ce fonds, considéré comme l'un des plus riches au monde, compte 1 480 ouvrages. De toutes provenances : Yémen, Byzance, Afrique du Nord, Europe centrale, France, Angleterre, Allemagne...


Sauvons d'urgence le patrimoine de l'Imprimerie nationale

L'État est en train de vendre divers bâtiments et secteurs du groupe Imprimerie nationale, société anonyme dont il est le seul actionnaire, sans vraiment proposer d'autre solution pour son patrimoine, partiellement classé « monument historique », que de le mettre en caisses. Le déménagement aura lieu au cours du premier semestre 2005, vers un lieu inconnu.

Unique au monde, cette collection d'une valeur inestimable est un témoin de l'histoire de l'écrit, du seizième siècle à nos jours. Elle comprend le Cabinet des poinçons et ses milliers de caractères occidentaux et orientaux, des ateliers en activité – fonderie, presses typographiques, lithographiques et taille-douce, brochure et reliure – une bibliothèque de plus de 30 000 ouvrages et les archives de l'imprimerie d'État. Créé en 1539, en même temps que le Collège de France, ce fonds est la mémoire d'un savoir-faire et un lieu de création qui disparaîtront faute de continuité.

Cet ensemble ne doit être divisé ni dans son contenu, ni dans ses fonctions : musée et conservation, création de caractères, édition, enseignement, recherche. Il doit être détaché de tout ministère de tutelle préoccupé de rentabilité économique. Ce patrimoine doit être accueilli à Paris par une institution, dotée de moyens conséquents, capable de l'enrichir et de le développer. Mieux, il peut faire l'objet d'une fondation – à but non lucratif et contrôlé – qui deviendrait un espace de conservation, mais aussi d'ouverture et de recherche. Il convient, parallèlement et dès maintenant, de prendre des dispositions pour que le transfert des matériels et des compétences se fasse au plus vite, de façon transitoire mais sans arrêt des activités de production, de conservation, de recherche et de formation.

Il y a de précieux objets à sauver, mais aussi des hommes, des métiers, un savoir qui seront perdus pour l'humanité entière.

Nous exigeons que tout soit fait pour arrêter ce saccage. Ce sont les fondements mêmes de notre histoire et de la diffusion de la pensée dont nous refusons la destruction.

Le texte de cette pétition et l'ensemble des signatures seront envoyés au président de la République française Voir le Site : http://www.garamonpatrimoine.org/petition.html

Graphê- Association pour la promotion de l'Art Typographique - Juillet 2004


COMMUNIQUE DE PRESSE

Prix Jacques Mercier 2004 à l’ICHEC

En 2003, L’ICHEC (Institut Catholique des Hautes Etudes Commerciales) avait décidé, pour souligner l’intérêt porté à l’utilisation de la langue française, d’octroyer le « Prix Jacques Mercier » au travail de fin d’études présentant la meilleure expression écrite.

C’est ainsi qu’en juin dernier, Mademoiselle Céline Mairiaux recevait le « Prix Jacques Mercier 2003» pour son mémoire intitulé « L’affichage, analyse et enjeux d’un outil de communication ».

Cette année, le jury, composé de plusieurs enseignants de l’ICHEC et de Monsieur Jacques Mercier a décidé à l’unanimité d’attribuer le prix à Monsieur Vahé Barsamian pour son travail de fin d’études intitulé « Approche socio-économique de la musique ».

Ce mémoire a été choisi pour sa diversité stylistique, la musicalité de son écriture et l’originalité de sa structure.

Lors de la cérémonie de proclamation des résultats, Monsieur Barsamian a reçu plusieurs ouvrages offerts par le Service de la langue française du Ministère de la Communauté Française, par les Editions De Boeck et par Monsieur Jacques Mercier.

Deux autres mémoires faisaient partie de la sélection du jury : celui de Monsieur Arnaud Tabery sur « La malléabilité du comportement consumériste » et celui de Mademoiselle Anne-Catherine Corbion pour son « Etude d’opportunité de développer le concept Business to Business auprès du secteur pharmaceutique et du secteur événementiel ». Ils ont tous les deux reçu des livres offerts par le Service de la langue française du Ministère de la Communauté Française de Belgique.

Jeudi 8 Juillet 2004.


"George Sand, Félix Nadar, portraits photographiques"

au palais Jacques Coeur à Bourges.

Dans le cadre de l'année George Sand, le Centre des monuments nationaux propose une exposition explorant les liens entre George Sand et Félix Nadar et plus particulièrement autour du portrait photographique. Les reproductions d'une cinquantaine de portraits de George Sand et de sa famille, réalisées par Félix Nadar, sont réunies sous les combles du Palais Jacques Cœur, exceptionnellement ouverts au public. Cette exposition, et le livre éponyme qui l'accompagne publié par Monum, Éditions du patrimoine, présente les différentes séries de clichés réalisés dans les deux derniers ateliers parisiens de l'écrivain entre 1864 et 1874.

Exposition du 17 Mai 2004 au 05 Septembre 2004 : Centre des monuments nationaux Palais Jacques Cœur. 10 Bis, rue Jacques Cœur, 18 000 Bourges. tél. 33 (0)2 48 24 06 87 Horaires : De 9 h30 à 11 h 30 et de 14 h 30 à 17 h 30. Tarif unique exposition seule : 4, 10 € avec un supplément 1, 50 € pour la visite du monument. Droit d'entrée du monument : 6, 10 € Tarif réduit : 4, 10 €


La BNF face au "défi" de conserver la mémoire d'internet.

Garder tout d'internet est impossible, en garder l'essentiel est indispensable: la Bibliothèque nationale de France (BNF), responsable de la mémoire collective, intensifie ses efforts pour cette sauvegarde, particulièrement ardue, du contenu de la Toile.

"Les générations futures ne nous pardonneraient pas ne pas avoir préservé les moyens de comprendre ce que nous sommes", a résumé mardi le Pdg de la BNF, Jean-Noël Jeanneney, en marge d'une conférence de presse sur ce dossier.

"La bibliothèque a suivi l'évolution des supports depuis les imprimés de François Ier, les cartes et les estampes, les partitions musicales, les photos ou les vidéogrammes. Aujourd'hui, le nouveau défi est celui d'internet", a-t-il fait valoir en soulignant qu'il est "important que l'opinion publique sache ce que nous faisons".

Cette conférence de presse intervient alors que le projet de loi relatif au dépôt légal devrait être discuté à l'automne au Parlement. Ce texte "étend le champ du dépôt légal aux signes, signaux, écrits, images, sons ou messages de toute nature, qui font l'objet d'une communication au public par voie électronique. L'obligation pèse sur les personnes qui éditent et produisent les sites internet". Le dépôt légal est l'obligation fixée par la loi (instituée par François Ier) pour tout document (écrit, audiovisuel, etc) connaissant une diffusion publique, d'être déposé à la BNF.

Cette conservation s'annonce "ardue", souligne la BNF: les sites internet, très nombreux, présentent un caractère éphémère et mouvant. "Garder tout est impossible, garder le plus est indispensable. Il faut donc se doter des meilleurs moyens techniques d'assurer une collecte raisonnée, tout en définissant des critères de choix", expliquent les responsables de la bibliothèque. Deux modes de capture complémentaires sont étudiés, l'un automatique par robot, le second, plus sélectif, par dépôt volontaire des éditeurs de sites.

En ne comptant que les sites produits par des personnes résidant en France, il y a 250.000 sites publics enregistrés dans le domaine national .fr, environ autant dans les domaines génériques .com, .org, .edu, .net, et autour de 4 millions de sites personnels hébergés par des fournisseurs de services.

La BNF, qui se prépare à cette tâche de conservation depuis 1999, a déjà expérimenté un archivage thématique des sites électoraux en France (présidentielle et législatives de 2002, régionales et européennes de 2004). Pour l'heure, ces "corpus" ne sont accessibles qu'à des fins d'expérimentation (intranet) mais ils devraient être ouverts prochainement aux chercheurs (quelque 20.000 en France), selon des modalités qui seront fixées par la loi.

La Toile ignorant les frontières, cette tâche ne pouvait être conduite qu'"à hauteur universelle". Ainsi, a été créé en 2003 le "Consortium international pour la préservation d'internet" (IIPC). Il regroupe la Bibliothèque du Congrès (Etats-Unis), la British Library et les bibliothèques nationales de France, Australie, Canada, Danemark, Finlande, Islande, Italie, Norvège et Suède à laquelle s'est jointe la fondation américaine Internet Archive. Cette structure doit notamment permettre d'approfondir la collaboration technique entre ses membres, établir un inventaire des collections des contenus de l'internet mais aussi sensibiliser les opinions publiques, dans chaque pays, sur ce thème.

A.F.P. Paris 22 juin 2004


 
Enrayer la disparition des trésors d'IRAK

Des experts iraqiens, arabes et occidentaux discutent cette semaine en Jordanie des moyens de protéger les sites archéologiques afin d'éviter les pillages.

Au cours d'ateliers qui dureront sept jours, organisés à Pétra (sud de la Jordanie) par le Global Heritage Fund (GHF) basée aux Etats-Unis, et en coopération avec la Banque mondiale, des experts se penchent cette semaine sur les moyens de protéger et développer 11 sites archéologiques clés en Iraq. L'Iraq, qui a vu se succéder pendant plus de 5 000 ans les grandes civilisations de la Mésopotamie, avait été abandonné aux pillards pendant plusieurs semaines après l'entrée des troupes d'occupation américano-britanniques en mars 2003.

En mai, le ministre iraqien de la Culture, Moufid Al-Jazaïri, avait affirmé que les pillages se poursuivent dans de nombreuses villes abritant des ruines et annoncé la formation par son ministère d'agents chargés d'assurer la sécurité des sites archéologiques.

Selon lui, il manque encore près de 10 000 œuvres d'art, soit environ deux tiers des quelque 14 000 pièces qui avaient disparu, un an après les pillages au musée national de Bagdad.

Il n'y a toujours « aucune trace » des 9 000 à 10 000 « trésors archéologiques » emportés par des pillards, avait déclaré le ministre à la presse. Des œuvres ont réapparu dans plusieurs pays d'Europe et du Moyen-Orient ainsi qu'aux Etats-Unis, mais la plupart des objets pillés sont en Iraq, avait poursuivi le ministre.

Donny George, le directeur du musée national de Bagdad, a pour sa part fait état de près de 15 000 pièces d'antiquités volées du musée national de la capitale iraqienne et accusé des pays voisins comme la Turquie et l'Iran de ne pas coopérer à leur recherche. « Nous savons, nous en sommes sûrs, que des antiquités iraqiennes passent par la Turquie et l'Iran, mais nous n'avons jamais rien entendu de la part de ces pays », a déclaré George.

Il a indiqué que d'autres voisins de l'Iraq comme la Jordanie, la Syrie, le Koweït et l'Arabie saoudite coopéraient avec Bagdad et avaient saisi plusieurs pièces que des trafiquants avaient réussi à faire passer dans leurs pays. Le directeur général du département jordanien des antiquités, Fawwaz Khraysha, a de son côté affirmé à l'AFP que 1 046 pièces volées d'Iraq avaient été saisies et étaient actuellement entreposées en attendant que les autorités iraqiennes les réclament. M. George a affirmé que la Syrie a saisi environ 200 objets volés en Iraq alors que le Koweït a réussi à en saisir 35. « L'Arabie saoudite nous a informés qu'elle détenait certains objets mais nous n'en connaissons pas le nombre », a-t-il ajouté. « 15 000 pièces pillées du musée restent toujours introuvables », a-t-il souligné.

Il a précisé que parmi ces objets figurent « une statue en diorite représentant Entemena, un roi sumérien (environ 2400 av. J.-C.) ainsi qu'une pièce en ivoire et or incrustée de pierres précieuses représentant une lionne attaquant un Nubien », qui remonte à 720 av. J.-C. Plusieurs autres pièces ont également disparu des sites archéologiques iraqiens, où, selon M. George, des « bandits continuent de piller impunément ». De son côté, un haut responsable d'Interpol, M. Karl Heinz Kind, a indiqué qu'il y aurait en Iraq « environ 100 000 sites archéologiques dont 10 000 seulement sont recensés, et qu'il est donc impossible de les protéger tous ».

16 juin 2004. A.F.P. - http://hebdo.ahram.org.eg/arab/ahram/2004/6/16/patri0.htm


Quinze mille antiquités volées au musée de Bagdad toujours introuvables.

Près de 15.000 pièces d'antiquités volées du musée national de Bagdad il y a plus d'un an n'ont toujours pas été retrouvées et des pays voisins comme la Turquie et l'Iran ne coopèrent pas, a affirmé mardi à Amman le directeur du musée.

M. Donny George a tenu ces propos en marge d'une conférence de deux jours des responsables des douanes et de la sécurité de plusieurs pays voisins de l'Irak, ainsi que des Etats-Unis et des pays européens, y compris des agents d'Interpol.

"Nous savons, nous en sommes sûrs, que des antiquités irakiennes passent par la Turquie et l'Iran, mais nous n'avons jamais rien entendu de la part de ces pays", a déclaré M. George. Il a indiqué que d'autres voisins de l'Irak comme la Jordanie, la Syrie, le Koweït et l'Arabie saoudite coopéraient avec Bagdad et avaient saisi plusieurs pièces que des trafiquants avaient réussi à faire passer dans leurs pays.

Le directeur général du département jordanien des Antiquités, Fawwaz Khraysha, a de son côté affirmé que 1.046 pièces volées d'Irak avaient été saisies et étaient actuellement entreposées en attendant que les autorités irakiennes les réclament.

M. George a affirmé que la Syrie a saisi environ 200 objets volés en Irak alors que le Koweït a réussi à en saisir 35. "L'Arabie saoudite nous a informés qu'elle détenait certains objets mais nous n'en connaissons pas le nombre", a-t-il ajouté. "Mais 15.000 pièces pillées du musée sont toujours introuvables", a-t-il souligné.

Il a précisé que parmi ces objets figurent "une statue en diorite représentant Entemena, un roi sumérien (environ 2400 av. J.C.) ainsi qu'une pièce en ivoire et or incrustée de pierres précieuses représentant une lionne attaquant un Nubien", qui remonte à 720 av. J.C. Plusieurs autres pièces ont également disparu des sites archéologiques irakiens, où, selon M. George, des "bandits continuent de piller impunément".

Un haut responsable d'Interpol, M. Karl Heinz Kind, a indiqué qu'il y aurait en Irak "environ 100.000 sites archéologiques dont 10.000 seulement sont recensés, d'où l'impossibilité de les protéger tous".

"Le problème majeur actuel est le pillage continuel des sites archéologiques et la destruction de l'histoire d'une civilisation entière", a-t-il dit lors d'un discours à l'ouverture des réunions.

AMMAN (AFP), le 01-06-2004


 
Les Capucins de Bulle et de Fribourg (Suisse)

lèguent leur bibliothèque.

148 incunables, des ouvrages datant des premiers temps de l'imprimerie, 17 manuscrits du Moyen-Age et plus de 14000 volumes anciens, c'est l'extraordinaire donation faite à la Bibliothèque cantonale et universitaire de Fribourg par la Province suisse des capucins.

Ces fonds étaient jusqu'ici propriété des couvents de Bulle et de Fribourg, où leur pérennité n'étaient plus assurée.

24 mai 2004 - Télévision Suisse Romande


 

Deux manuscrits inédits en vente évoquent sa naissance et ses relations avec Verlaine.

Arthur Rimbaud, le chaînon manquant.

«Depuis un an, j'habite Londres avec le sieur Verlaine. Nous faisions des correspondances pour les journaux et donnions des leçons de français. Sa société était devenue impossible, et j'avais manifesté le désir de retourner à Paris. Il y a quatre jours, il m'a quitté pour venir à Bruxelles et m'a envoyé un télégramme pour venir le rejoindre. Je suis arrivé depuis deux jours (...) Ce matin, il est allé acheter un revolver au passage des Galeries Saint-Hubert (...) Rentrés au logement vers deux heures, il a fermé la porte à clef, s'est assis devant ; puis, armant son revolver, il en a tiré deux coups en disant : «Tiens ! Je t'apprendrai à vouloir partir !» Ainsi parla Rimbaud au commissaire de police, le 10 juillet 1873, donnant une première version, froide, du «drame de Bruxelles» qui fit condamner Verlaine à deux ans de prison (1).

«Dans un palais, soie et or, dans Ecbatane,/De beaux démons, des Satans adolescents/Au son d'une musique mahométane/Font litière aux sept péchés de leurs cinq sens/(...) Or le plus beau d'entre tous ces mauvais anges/Avait seize ans sous sa couronne de fleurs. Croisant ses bras sur ses colliers et ses franges/Il songeait, l'oeil plein de flammes et de pleurs...» lui répondit Verlaine l'impressionniste dans Crimen Amoris, l'un des cinq «poèmes diaboliques» écrits en prison à Bruxelles (manuscrit autographe de la première des deux versions de ce long poème de quatre-vingts vers de Jadis et naguère, estimé 5 000/6 000 €). Cet adieu du poète «malheureux et désespéré» par son «moment de folie» inspirera Picasso pour son mystérieux Garçon à la pipe, désormais le tableau le plus cher du monde mai).

Il fait partie d'un fonds Verlaine, provenant de son infortunée épouse Mathilde Mauté (une dizaine de lots), qui fait battre le sang aux tempes des érudits, notamment des rimbaldiens qui savent y lire mille traces (2). André Vial eut accès, dans les années 60, à ce fonds de très directe provenance et en avait tiré un ouvrage, Verlaine et les siens (Nizet, 1975). Il y étudia la liste des vingt poèmes de Rimbaud, probablement établie par Verlaine pour une édition des poésies de son compagnon qui n'a jamais pu paraître, indiquant pour chacun le nombre de vers prévus : «Les chercheuses de pous... 20/L'homme juste... 75/Les voyelles... 14/Oraison du soir... 14» (grand feuillet autographe estimé 10 000/ 12 000 €).

L'érudit ne vit pas le manuscrit du poème de Rimbaud, Mémoire, qui fait la couverture du catalogue Tajan et qui passionne les chercheurs par les hypothèses littéraires qu'il soulève (D'Edgar Poe, famille maudite, un titre lu comme une filiation littéraire jusque-là pressentie, quarante vers d'une belle écriture descendante, estimé 80 000/100 000 €). «Que font dans les archives de la famille de Verlaine, durement meurtrie par le scandale de Bruxelles, toutes ces traces rimbaldiennes, notamment son plus beau poème ?», s'interroge André Guyaux, professeur de littérature française du XIXe siècle à la Sorbonne-Paris-IV et éditeur de la future Pléiade sur Rimbaud.

«Traditionnellement, on date ce poème de 1872, soit parmi «les derniers vers» du futur prosateur d'Une saison en enfer en 1873 (3) et des Illuminations en 1874 (4). Sa forme connue fait disparaître les majuscules en début de vers, permettant à ses alexandrins et ses quatrains, notamment par la technique de l'enjambement, de mimer la prose. Cette version inédite, retrouvée dans les papiers de Verlaine, conserve la majuscule de début de vers. Ne contribue-t-elle pas à modifier la date de ce poème et à pousser vers l'hypothèse de 1873», explique l'exégète.

Second indice ? La transcription, de la main de Rimbaud, d'un autre des cinq «poèmes diaboliques» sans doute écrits en prison par Verlaine en 1873, qui pourrait éclairer les relations entre les deux hommes et la collaboration littéraire entre les deux poètes. Ce Dom Juan pipé, manuscrit allographe d'un poème de Jadis et naguère, long de 140 vers, riche de nombreuses variantes avec le texte imprimé en 1884, est l'une des trois transcriptions connues d'un poème de Verlaine par Rimbaud (quatre pages réattribuées in extremis à Rimbaud et donc réévaluées par l'expert Alain Nicolas autour de 50 000/60 000 €). Une première se trouve à la Bibliothèque Doucet. La seconde fut vendue lors de la prestigieuse dispersion du marquis Dubourg de Bozas, héritier de Gustave Chaix d'Est-Ange, l'avocat de Baudelaire qui défendit Les Fleurs du mal contre les censeurs.

«Pourquoi Rimbaud a-t-il retranscrit les poèmes de Verlaine ? Et surtout quand ? On peut penser que ce poème-ci, comme d'autres attribués à un Verlaine incroyablement prolifique en prison, date de l'hiver 1873», souligne André Guyaux. Verlaine lut en cellule un exemplaire d'Une saison en enfer. Certains évoquent une visite de Rimbaud, sans aucune certitude.

D'autres une correspondance disparue témoignant de cette époque au silence symbolique. Chaque nouvelle trace approche le mystère des poètes, et l'épaissit encore.

(1) Volume édité par Antoine Adam pour La Pléiade, Gallimard, 1972.

(2) Vente par Tajan SVV et leur expert Alain Nicolas, le libraire des Neuf Muses, le 25 mai à Drouot.

(3) La BNF préempta à 2,9 MF, à la vente Guérin chez Me Tajan le 17 novembre 1998, le seul brouillon connu d'Une saison en enfer.

(4) L'expert Mme Vidal-Mégret vendit autour de 11,5 MF le manuscrit des Illuminations dans les années 50 (préempté par la BN). Depuis, la BNF a préempté à 3,3 MF la Lettre du voyant en mars 1998 à la vente Jean Hugues (Me Renaud).

Le Figaro - Valérie Duponchelle - 21 mai 2004


 

Padoue célèbre Pétrarque, le "roi des poètes"

ROME, 19 mai (AFP) - La ville de Padoue (nord) célèbre le grand poète italien Pétrarque (1304-1374) avec une exposition qui réunit pour la première fois des manuscrits autographes prêtés par plusieurs grandes bibliothèques européennes.

La pièce, considérée par les organisateurs comme le clou de la manifestation "Pétrarque et son temps", est une série de 20 feuillets rédigés de la main de celui qui avait été couronné en son siècle du titre de "roi des poètes" et conservés par la Bibliothèque apostolique vaticane.

La série comprend des poésies et des fragments de rimes, avec des ratures ou des corrections témoignant du travail de Francesco Petrarca, exilé dans sa jeunesse dans le Vaucluse (sud de la France) et passé à la postérité pour son humanisme, sa passion de l'Antiquité et ses vers exaltant l'amour.

Plusieurs autres établissements ont contribué à l'exposition: la Bibliothèque Nationale de Paris, le Victoria Albert Museum de Londres et la Marciana de Venise, qui ont prêté des manuscrits d'un grand raffinement rehaussés par des miniatures.

Des peintures et gravures agrémentent l'exposition, qui rassemble 170 oeuvres jusqu'au 31 juillet dans les salles des Musei civici agli Eremitiani de Padoue.

TV.5 - info - 20 mai 2004.


IRAK : Une bibliothèque de Nassiriyah

avec des ouvrages de valeur incendiée

Une bibliothèque de Nassiriyah, au sud de Bagdad, riche d'un fonds de près de 4.000 ouvrages dont certains de valeur, a été incendiée par des inconnus, apprend-on lundi de source locale.

"Des inconnus ont mis le feu à la bibliothèque du musée de Nassiriyah, ce qui a entraîné la perte de l'ensemble des 3.900 ouvrages qu'elle contient, dont certains ont une valeur historique", a déclaré à l'AFP le directeur des antiquités de la province de Zi-Qar, dont Nassiriyah est le chef-lieu.

De violents affrontements opposent les miliciens du chef radical chiite Moqtada Sadr aux carabiniers italiens dans la ville, située à 375 km au sud de Bagdad.

Depuis le début de la guerre américano-britannique lancée en mars 2003, de nombreux trésors archéologiques et des bibliothèques ont été pillés ou endommagés, dont le musée de Bagdad qui avait une collection unique de pièces de l'ancienne Mésopotamie

AFP - 17 /05/04


Egypte : Découverte du site de l'antique

bibliothèque d'Alexandrie

Le site de l'antique bibliothèque d'Alexandrie, disparue il y a près de 16 siècles, a été mis au jour par une équipe d'archéologues égypto-polonaise, a annoncé samedi le ministère égyptien du Tourisme.

L'équipe d'archéologues a mis au jour 13 salles de conférence, qui auraient pu recevoir 5.000 étudiants, a déclaré le secrétaire général du Conseil supérieur des antiquités (CSA) Zahi Hawwas, cité par le communiqué officiel. Ces salles, qui sont de mêmes dimensions mais aménagées différemment, se trouvent à proximité d'un théâtre découvert précédemment et qui aurait pu appartenir à la bibliothèque, souligne le communiqué. Les auditorium, en forme de "U", sont terminés par un siège surélevé, qui pourrait être celui utilisé par les conférenciers. Archimède et Euclide ont travaillé dans cette bibliothèque antique, qui aurait été brûlée lors de l'insurrection contre César en 48 av JC, sous Cléopâtre VIII (51-30). Antoine et Cléopâtre l'auraient transportée au Serapeum, mais ce dernier fut aussi incendié en 390 par des chrétiens et, selon certains historiens, également lors de la conquête arabe en 642 de notre ère. Une nouvelle Bibliothèque d'Alexandrie a été inaugurée en 2002 par les présidents égyptien Hosni Moubarak et français Jacques Chirac, non loin de l'emplacement de la bibliothèque antique.

LE CAIRE (AFP) Samedi 15 mai 2004.


 

Drouot Une pièce autographe du maître de la Renaissance aux enchères

Le trait de Michel-Ange.

Voir le catalogue ici

C'est un simple trait à l'encre brune qui devrait ne pas passer inaperçu le 12 mai, à Drouot, chez Pierre Bergé & Associés. La pièce tient plus du domaine de la relique que du véritable autographe. La feuille est un minuscule morceau de papier de 5,7 x 6 cm. Mais elle est de la main de Michel-Ange et fait déjà fantasmer plus d'un amoureux du maître de la Renaissance italienne. Certes, on est loin des grandes feuilles de l'artiste comme l'Étude de femme en deuil que le marchand franco-italien Jean-Luc Baroni vendit 13 M€ à un collectionneur américain à la foire de Maastricht 2002, puissant Michel-Ange de jeunesse acheté près de 9,81 M€, chez Sotheby's à Londres l'été 2001 (nos éditions du 15 mars 2002). Mais il s'agit là d'un document d'une simplicité touchante, d'une valeur sentimentale dont le prix (estimation : 60 000 €) relève du coup de coeur.

C'est «un précieux témoignage du processus de travail de Michel Ange architecte et sculpteur qui passait lui-même ses commandes de marbres sous la forme de croquis exécutés à main levée et soigneusement dimensionnés. Un souvenir. La dédicace d'un auteur dont le nom reste magique», souligne le vendeur, André Hofmann, architecte en chef de la Ville de Paris, sculpteur par passion sous le pseudo de Sadko. Pour s'acheter un atelier de sculpture, ce lauréat du concours de la fondation Coprim en 2001, qui a installé son Promeneur au Viaduc des arts, se sépare «à regret» de ce petit dessin annoté de la main du maître de la chapelle Sixtine et mis en valeur dans un splendide cadre vénitien XVIIe aux incrustations de marbre et de nacre.

Resté inédit jusqu'à ce jour, ce document date probablement du printemps 1518, époque où Léon X, fils de Laurent le Magnifique, successeur du pape Jules II, commanda à Michel-Ange Buonarroti la réalisation de la façade de l'église Saint-Laurent à Florence, qui resta inachevée ainsi que la bibliothèque (seuls les tombeaux de Laurent et de Julien de Médicis furent terminés dans une chapelle attenante). Il porte l'inscription des mesures en braccia florentines : un bras et demi de large et un bras un tiers d'épaisseur. De par sa forme incurvée, ce profil de marbre pourrait correspondre à un élément sculpté de la façade ou du tombeau des Médicis.

Seule une dizaine de ces feuillets de croquis pour l'église Saint-Laurent ont passé le temps. Ils ont été réunis dans un «cuaderno» (un cahier) dont le neveu de Michel-Ange, Leonardo Buonaroti hérita, puis furent conservés par la famille jusqu'au XIXe siècle.

Avant sa mort, en 1859, Cosimo, le dernier représentant de cette grande dynastie, légua à la ville de Florence la maison familiale avec tout le contenu des archives. A l'exception de quelques croquis qu'il avait offerts à ses amis en certifiant au dos, comme c'est le cas pour notre dessin autographe, l'origine et la destination de ces commandes de marbres : «Misuri di marmi serviti per la fabbriche della Chiesa di San Lorenzo ordenati de Michelangelo a Carrara C. Buonarroti.»

Le Corpus de l'oeuvre de Michel-Ange, publié par Tolnay, en 1978, recense cinq croquis de ce type : à la Casa Buonarroti, à la fondation Custodia de Paris, au Musée Bonnat de Bayonne et deux dans la collection Scharf de Londres. Il en existe un sixième au Musée de la Légion d'honneur à San Francisco repéré par Mme Carmen C. Bambach du Metropolitan de New York. Le Louvre (riche en feuilles de Michel-Ange, comme l'a montré l'exposition de juin 2003) n'en possède pas. Quelques centimètres carrés à prix d'or ?

Le Figaro - par Béatrice de Rochebouet - 07 mai 2004 Voir le catalogue ici


Enchères records pour une partie de la bibliothèque de Daniel Filipacchi

Plusieurs records du monde, deux préemptions et une recette de 5,96 millions d'euros ont marqué la dispersion jeudi soir chez Christie's à Paris de la première partie de la prestigieuse bibliothèque surréaliste de Daniel Filipacchi.

"Parmi les fleurons de la collection, le premier exemplaire sur parchemin de + La Prose du Transsibérien et la petite Jehanne de France + de Blaise Cendrars, rythmé par des aquarelles de Sonia Delaunay, a été adjugé 349.250 euros. Un record du monde pour cette édition vendue aux enchères", a commenté Christoph Auvermann, directeur du département livres et manuscrits chez Christie's.

Par ailleurs, un ensemble capital pour le mouvement surréaliste, le recueil des correspondances de Vaché avec Breton, Fraenkel et Aragon, "Lettres de Guerres", a atteint l'enchère de 294.250 euros.

Parmi les dix plus belles enchères de la soirée, trois autres records du monde ont été pulvérisés pour certaines éditions : "Le Cornet à dés" de Max Jacob, illustré par Pablo Picasso, avec une reliure de Paul Bonet (283.250 euros), "Saint Matorel" de Max Jacob et Picasso (140.250 euros) et "Dormir dormir dans les pierres" de Benjamin Péret et Yves Tanguy.

L'un des trente exemplaires d'"Autre chose" de Pierre-André Benoit, avec gravure à la pointe sèche signée par l'artiste et une reliure de Rose Adler, a été préempté à 8.225 euros par la Bibliothèque municipale de Montpellier.

De son côté, la Bibliothèque nationale de France a préempté à 94.000 euros "Alcools" de Guillaume Apollinaire, un ensemble unique de 63 pièces, dessiné et lithographié en noir par Marcoussis (25 dessins originaux), sous une reliure de Georges Hugnet.

Sur les 205 lots proposés aux enchères, 175 ont été vendus. Pour M. Auvermann, "cette vente confirme la place de Paris comme haut lieu de la bibliophilie".

Daniel Filipacchi, apprenti typographe devenu fondateur d'un des plus grands groupes de presse français, avait commencé à collectionner les ouvrages surréalistes en 1939, alors qu'il était âgé de 11 ans. Il a décidé de se séparer "par morceaux" de sa collection, estimant que "65 ans de chasse aux livres, ça suffit".

PARIS (AFP), le 30-04-2004


Une édition rare de «Hamlet» ne trouve pas preneur à une vente aux enchères.

NEW YORK (AP) -- Etre ou ne pas être... acheteur ? Voilà la question posée lors d'une vente aux enchères de la maison Christie's, mercredi, lorsqu'une rare édition du «Hamlet» de William Shakespeare, évaluée largement au-dessus du million de dollar, n'a pas trouvé preneur. L'enchère la plus élevée n'a pas atteint le prix de base voulu par le vendeur.

Le livre, âgé de presque 400 ans, est l'une des 19 copies de la version de 1611 dont l'existence est connue, et il s'agit de la seule copie aux mains de particuliers.

Le livre appartenait à Mary Hyde, vicomtesse d'Eccles, une collectionneuse de livres du New Jersey, réputée pour son impressionnante collection d'oeuvres du critique Samuel Johnson, qui sont aujourd'hui à la librairie Houghton de l'université de Harvard.

Lady Eccles, qui a été une des premières femmes admise au «Club des bibliophile Grolier» à New York, est décédée en août, à l'âge de 91 ans. Sa collection de Samuel Johnson et plusieurs autres oeuvres ont été remises à des institutions, dont Harvard, et le reste de ses livres ont été mis aux enchères mercredi.

Christie's avait estimé la valeur de l'édition de «Hamlet» entre 1,5 et 2 millions de dollars (1,25 à 1,67 millions d'euros). Les enchères ont commencé à 900.000 dollars (752.823 euros) et ne sont pas montées plus haut que 1,2 millions de dollars (1 million d'euros), ce qui était sous le prix minimum, resté confidentiel. AP

AP 15.04.04


BIBLIOPHILIE Marché du livre ancien chaque week-end

dans le parc Georges-Brassens ( Paris - XVe)

Les bouquins ont rendez-vous avec vous.

Paris s'éveille et s'étire, comme dans la chanson. Les vrais lecteurs et les bibliophiles n'ouvrent jamais l'œil assez tôt. Avant sept heures du matin, au parc Georges-Brassens, des hommes et des femmes déchargent des cartons de bouquins et garnissent leurs étals. Dans quelques minutes, comme chaque fin de semaine, le marché du livre ancien et d'occasion ouvrira ses portes, ce qui est une façon de dire puisqu'il se trouve en plein air, à proximité du métro Porte-de-Vanves.

Simples flâneurs ou mordus de la chose, jeunes ou vieux, néophytes ou avertis, ils se retrouvent, depuis bientôt dix-huit ans, dans cet ancien abattoir à chevaux qui devient pour quelques heures leur refuge, un but de promenade en tout cas. Pour beaucoup, un rendez-vous avec les êtres imaginaires des romans et les gloires de l'imprimé que l'on a oubliés. Les éventaires créent l'illusion d'une bibliothèque de Babel qui serait en vrac. Hugo von Hofmannsthal côtoie Saint-Exupéry ou Hemingway. Le Pléiade de Kant, voisine avec le Larousse de la cuisine et des vins de France ou le Khamasoutra, il y en a pour tous les prix et pour tous les goûts, serait-ce les plus baroques.

Dans les allées, des promeneurs palpent les ouvrages en haut des piles, en tournent avec curiosité les pages qui vont, qui sait, changer bientôt leur vie, ou, du moins orienter, leur curiosité intellectuelle vers de nouvelles voies. Ils palpent les reliures défraîchies, déchiffrent les années de parution, d'un air songeur ou intéressé... Parfois, ils marchandent un prix. Un Gallimard en bon état se négocie à 5 ou 6 euros; pour un livre de poche comptez-en 2. Si certains sont à la recherche d'une bonne affaire, d'autres s'enquièrent de pièces de collection.

Car le marché du parc Georges-Brassens accueille libraires et bouquinistes de Paris, voire du monde entier. Ils ne tombent pas toujours sur la pierre philosophale, une précieuse trouvaille exigeant bien des visites dans ce lieu. Ils reprennent alors leur déambulation le nez au vent. Au bout du compte, ils s'en retourneront quand même les bras chargés de leurs acquisitions. Elles seront bientôt dans leurs vitrines, ou entre les mains d'un riche collectionneur. Mais, parfois, ils ne se montrent que pour parler boutique: venant de Paris ou de province, ils se rencontrent pour échanger leur marchandise, et s'en aller lestés de livres mieux adaptés au goût de leur propre clientèle. Chacun la sienne.

Pendant ce temps, des promeneurs traînent sans but, en apparence du moins. L'un d'eux n'a-t-il pas trouvé, l'an dernier, un billet de 500 francs, en tournant les pages d'un ouvrage qui ne disait rien à personne? Le marque-page, à l'effigie de Montesquieu, avait été glissé dans le livre, dont la valeur marchande décupla tout à coup.

Si le marché a ses trésors cachés, il a également ses légendes. L'une d'elles raconte qu'un client qui avait acheté 1 euro un traité sur l'électricité, tomba sur une photo de Malleret. Le livre fut revendu 10 euros cinq minutes plus tard, et finit sa course, le surlendemain, à 1 500 euros, dans une salle de marché. A défaut de dénicher une pièce de collection, il est parfois possible de faire une rencontre insolite au détour d'une allée.

Car le marché a ses habitués. Hommes politiques et hommes de lettres, éditeurs aussi, se mêlent à la foule et participent à cette fièvre bibliophile. Il n'est pas rare de surprendre Alain Madelin, toujours en quête d'un roman ou d'un livre ayant trait à l'histoire sociale. Y puisera-t-il quelque métaphore pour sa prochaine intervention télévisée? Lionel Jospin, lui, n'apparaît qu'en période électorale, moment sans doute propice à la lecture et à la réflexion...

Écrivains et éditeurs passent, il arrive qu'on les reconnaisse – c'est bien le moins qu'ils soient là. Un tel, qui est romancier, a même droit à sa légende. « Je n'arrivais pas à le vendre, raconte Philippe qui débarque chaque semaine de Normandie pour vendre ses bouquins. Voyant que l'un de ses romans traînait sur ma table depuis trois semaines, il s'en est emparé et l'a dédicacé à Stéphanie de Monaco. Quelques minutes plus tard, hop! c'était vendu. »

Un peu plus et les bouquinistes se prendraient presque à rêver d'un parc Georges-Brassens qui tournerait à l'institution, ce qui se produira sans doute un jour, à ce rythme. La librairie Le Divan, qui fut à l'angle de la rue de l'Abbaye et de la rue Bonaparte n'est, en effet, aujourd'hui qu'à quelques encablures du parc qui, outre son marché aux livres, a vu l'ouverture de la Maison de la bibliophilie, rue Santos-Dumont. Elle accueille expositions et ateliers dédiés au livre ancien.

Le quartier pourra également bientôt compter sur une médiathèque, elle est en cours de construction rue d'Alleret. « Le Quartier latin n'attire plus que pour ses magasins de mode, s'enthousiasme l'un des habitués des lieux, moi, je viens ici pour les livres. » S'il n'y a peut-être plus d'après pour Saint-Germain-des-Prés, devenu l'asile des boutiques de luxe, il y en aura des lendemains qui lisent au «Georges-Brassens» qui, d'ores et déjà, mérite hors commerce.

Figaro Littéraire - PAR FABRICE AMEDEO 15 avril 2004


Voyages en Italie avec Gallica.

Bibliothèque numérique de la BnF.

Inaugurés avec Gallica Classique (mars 1999) et Gallica Proust (novembre 1999), les dossiers de Gallica constituent autant d’itinéraires de découvertes dans la Bibliothèque numérique de la BnF.

Pèlerinage incontournable pour tout amateur d’art, voyage initiatique à valeur pédagogique, exploration archéologique ou scientifique, rémanence littéraire quasi permanente, le voyage en Italie, constitue une référence absolue dans l’imaginaire culturel européen.

Les témoignages de voyageurs français et un riche corpus illustré vont offrir à l’amateur comme au passionné de multiples Voyages en Italie. http://gallica.bnf.fr/VoyagesEnItalie/


 

Le musée de l’imprimerie s’enrichit d’une collection de marques d’imprimeurs du XVe au XIXe

Le Musée de l’imprimerie (Lyon) vient d’acquérir un exceptionnel ensemble de marques d’imprimeurs du XVe au XIXe siècle auprès de la librairie Paul Jammes.

Ces 1600 marques d’imprimeurs provenant de diverses sources dont l’ancienne librairie parisienne Eggiman et surtout de la collection de l’imprimeur et éditeur Ambroise Firmin-Didot (1790-1876, sans doute le plus grand bibliophile de son siècle) ont rejoint les 735 marques déjà conservées au Musée de l’imprimerie,

qui peut désormais s’enorgueillir d’un fonds d’une importance internationale dans le domaine de l’emblème typographique. Comme le dit André Jammes, « il s’agit là d’une anthologie de l’illustration du livre dans une de ses formes les plus brillantes et qui constitue le plus important répertoire emblématique que l’on puisse consulter parallèlement aux éditons d’Alciat et de ses disciples ».

Les 1600 marques d’imprimeurs acquises à la librairie Jammes sont toutes montées individuellement sur carton, et sans doute pourrait-on s’étonner, ou se scandaliser, de les trouver ainsi séparées de leur livre d’origine. Mais en réalité, c’est le respect du bibliophile qui est en oeuvre, non la main de l’iconoclaste.

L’origine de cette collection se trouve en effet dans les grands événements historiques et politiques qui ont changé le cours des bibliothèques : la Révolution et la séparation de l’Église et de l’État (1901-1905).

Avec la mise sous séquestre des biens des émigrés et des communautés religieuses, des millions de livres ont achevé leur existence, en très mauvais état, sur les étals des bouquinistes ; ces derniers en ont découpé les parties les plus intéressantes : images, pages de titre, marques d’imprimeurs. Les collectionneurs et bibliophiles ont sauvé ces éléments en constituant des albums, notamment Ambroise Firmin-Didot qui les a utilisés pour son Essai sur la gravure sur bois. L’ensemble acquis par le Musée de l’imprimerie est donc bien, comme le souligne André Jammes, « une collection de sauvetage », qui fut, dans les années cinquante, réunie et classée par sa fille Isabelle Jammes. « Parmi ces ouvrages, se souvient le libraire parisien, se trouvait même une rare édition des Commentaires sur les Évangiles de Lefèvre d’Étaples, mangée par les vers ».

C’est donc une exceptionnelle collection, tant sur le plan bibliophilique qu’iconographique et typographique qui vient de rejoindre le patrimoine lyonnais. Dévoilé au public pour la première fois le 28 janvier prochain à l’occasion de l’intervention d’André Jammes et de la conférence de Jean-Marc Chatelain, cet ensemble à la gloire de l’imprimerie européenne pourrait faire l’objet d’un répertoire numérisé à l’attention des chercheurs.

du 09-02-2004 - http://www.graphiline.com/article5066.html


 

Bibliothèques. Ces livres qu'on détruit.

Entretien - D'Akhenaton à Pol Pot, de César à Hitler, tous les règnes des dictateurs sont jalonnés de destructions de bibliothèques. Lucien X. Polastron publie un essai édifiant sur le sujet : « Livres en feu » (Denoël). Il a répondu aux questions de François-Guillaume Lorrain.

François-Guillaume Lorrain

LE POINT : Il semble que, dans l'histoire de l'humanité, l'avènement des bibliothèques s'accompagne aussitôt de leur destruction.

LUCIEN X. POLASTRON : En effet. Cela commence dès l'Egypte, au XIVe siècle avant notre ère. Akhenaton, une fois devenu pharaon, fait détruire à Thèbes les textes qui lui sont antérieurs. C'est bien sûr une affaire politique : pour mieux assurer le passage au monothéisme, il élimine tout ce qui faisait référence à un autre système de pensée. Puis il s'installe à Amarna, crée sa propre bibliothèque. Mais à sa mort les prêtres de Thèbes lui rendent la pareille et brûlent ses livres. L'autre destruction très ancienne est celle de la bibliothèque assyrienne d'Assourbanipal, roi d'Assyrie, mort vers 625 avant J.-C. C'est un roi mystérieux. On n'en aurait jamais entendu parler si justement on n'avait retrouvé une partie de sa bibliothèque en 1860. Quatorze ans après sa mort, sa ville et son palais sont investis par une coalition. Les plafonds s'effondrent et la bibliothèque se retrouve en miettes. Il s'écoule vingt-cinq siècles avant sa découverte par les Anglais, qui, par ignorance, prennent ces galettes de terre cuite pour des ornements bizarres. Ils ramassent le tout, en vendent une partie, expédient le reste au British Museum, où l'on s'aperçoit qu'il s'agit de textes considérables : l'« Epopée de Gilgamesh », le récit de la Création, le mythe d'Adapa, le premier homme. Mieux, on découvre l'existence de ce roi merveilleux qui recherchait les textes de façon systématique, les organisait et les recopiait lui-même.

L. P. : Dès qu'il est question de bibliothèques détruites, on songe à celle d'Alexandrie, qui brûle en - 48.

L. X. P. : L'affaire est compliquée. Rappelons que le but de cette bibliothèque, née vers - 300, est de faire d'Alexandrie le lieu de la renaissance grecque. On prend conscience aussi de la valeur d'un patrimoine intellectuel qu'on va accroître, organiser, copier et diffuser. On y établit la première édition scientifique d'Homère et des tragédies grecques, à partir de multiples versions préexistantes qui, du coup, disparaissent. On fait ce que fera plus tard l'Islam avec le Coran, vers 640, ou ce qui se passe aujourd'hui avec la numérisation. Mais, quand en - 48 César met le feu à la flotte de Ptolémée, un incendie qui gagne la ville, on n'est même pas certain que la bibliothèque mère soit encore debout. Car on sait que, depuis sa création, de terribles razzias ont eu lieu. Seule certitude : Cléopâtre n'allait travailler qu'à la Serapeum, la bibliothèque fille. C'est donc que la grande bibliothèque n'existait peut-être plus, disent ceux qui veulent absoudre César. D'autres se servent d'Alexandrie pour accuser César, qui aurait voulu constituer une grande bibliothèque à Rome : il aurait demandé à Cléopâtre ses livres, qui, au moment de l'incendie, se trouvaient dans les entrepôts du port. Ce qui est sûr, c'est qu'Alexandrie marque l'interruption d'une tradition classique. Mais plus tard, au XIIIe siècle, un hurluberlu prétendra que le calife Omar, lorsque les Arabes ont pris Alexandrie en 640, a ordonné la destruction de la bibliothèque : les livres auraient alors servi à chauffer les hammams de la ville. Cette version sert sans doute à innocenter Saladin, qui vient de saccager la grande bibliothèque des fatimides, au Caire.

L. P. : On célèbre en 2004 l'année de la Chine. Or c'est justement dans ce pays, en - 213, qu'est intervenu le premier acte massif dirigé contre les livres.

L. X. P. : Un acte strictement politique. L'empereur Qin a réuni les six royaumes, unifié l'écriture, construit la muraille. Mais, pour être solide, cet effort d'unification, unique au monde, doit aussi éradiquer la mémoire. C'est ce qu'explique à Qin son « conseiller de gauche » Li Si : « Qui se réfère au passé est fragile. - Alors abolissons le passé », lui répond Qin. On détruit donc l'Histoire. Et ce n'était pas n'importe quoi, mais tout l'âge d'or de la philosophie chinoise, de Confucius à Lao-tseu, fondateur du taoïsme. Tout cela était déjà écrit, avec gloses et commentaires. Quatre cents intellectuels s'insurgent, Qin les fait enterrer vivants. Ceux qui refusent de rendre leur bibliothèque sont envoyés sur la muraille pour « monter la garde la nuit et construire le jour ». Mao a lui aussi tenté d'unifier la Chine. Mais Mao, qui prenait exemple sur Qin, est plus malin : il fait régner une telle oppression morale que les gens, d'eux-mêmes, détruisent leurs livres devant leurs voisins.

L. P. : La Chine, berceau du papier, a tout au long de son histoire payé le plus lourd tribut.

L. X. P. : C'est également le pays qui a le plus tôt les plus belles bibliothèques. Interviennent deux initiatives spectaculaires. En 1772, on décide de créer le siqu quanshu, une bibliothèque universelle de 168 000 volumes, à partir de textes anciens méritant d'être conservés. Mais cette belle action s'accompagne de la destruction d'un nombre faramineux d'ouvrages. L'une des sept copies existantes du siqu quanshu sera pillée en 1860 par les Français lors du sac du palais d'Eté. L'autre initiative est le yongle da dian : la grande encyclopédie des connaissances chinoises. Mais la dernière copie brûle en 1900 lors du siège de Pékin par les Anglais. Autre point noir : le monastère de Dun-Huang, où des moines du Xe siècle ont muré dans une pièce secrète des dizaines de milliers de manuscrits du IIIe siècle. Lorsque la Chine tombe en déshérence au début du XXe siècle, cette pièce est découverte : les Anglais se servent, suivis des Français puis des Russes. Toute riche bibliothèque sous-entend des bibliothèques mortes. La France s'est souvent engraissée de livres fabuleux, à Huê au Vietnam, en Egypte, en Espagne, en Italie avec Napoléon, en Algérie aussi. Aujourd'hui, la Chine réclame la restitution de ces manuscrits, qui ont pour elle une valeur inestimable. Pour l'instant, nous faisons la sourde oreille. Mais la Chine sera, dit-on, bientôt le pays le plus puissant.

L. P. : Le Moyen Age voit l'essor de la civilisation arabe, et c'est elle alors qui paie le plus lourd tribut en livres. Mais les plus grandes destructions (Cordoue par Al-Mansur vers l'an 1000, Le Caire par Saladin en 1171, Bagdad en 1258 par le chef mongol Hulagu) ont souvent des raisons arbitraires.

L. X. P. : Le monde islamo-arabique a toujours un côté excessif. Saladin brade la bibliothèque du Caire pour des raisons d'argent. Il doit payer ses soldats et organise des ventes aux enchères, souvent truquées, d'ailleurs. Al-Mansur, à Cordoue, est un bibliophile, il est aussi le précepteur du calife, mais les oulémas, qui trouvent suspects les livres, font pression sur lui : il lâche du lest en faisant détruire la bibliothèque du calife, d'une richesse fabuleuse. A Bagdad, on jette tellement de livres dans le Tigre que l'eau est noire d'encre et les troupes traversent le fleuve sur des piles de manuscrits. Les Francs apportent aussi leur contribution : les croisés sont des sauvages, la plupart ne savent pas lire et sont d'une bêtise crasse. En 1204, à Constantinople, où se trouve la plus grande bibliothèque au monde, qui rassemble toute la littérature grecque, on les voit défiler avec des livres au bout de leurs lances.

L. P. : Votre livre pointe du doigt l'Espagne. A partir de 1490, ce pays met en place un anéantissement systématique des livres, caractéristique de l'époque moderne.

L. X. P. : C'est avec l'Espagne que le mot autodafé, d'origine portugaise, entre dans le vocabulaire commun. Le premier autodafé est discret, il a lieu en 1490, organisé par Torquemada, l'inquisiteur général, dans son couvent de Salamanque : 600 volumes taxés de judaïsme. En 1499, à Grenade, on baptise de force 3 000 musulmans, qui sont obligés d'apporter leurs livres. On organise une grande fête à laquelle la population est conviée. L'Inquisition sera redoutablement efficace. Après avoir expulsé les juifs et les Arabes, l'Espagne exporte cet esprit d'intolérance vers le Nouveau Monde, qu'elle vient de découvrir. Résultat : tous les livres mayas et aztèques sont anéantis. Même Las Casas, qui osa affirmer que les Indiens avaient une âme, écrit par ailleurs : « Je suis fier d'avoir détruit tous leurs livres. » Et le reliquat se compte sur les doigts d'une main.

L. P. : Pour la France, on constate sans surprise que les pertes les plus considérables correspondent aux heures les plus noires.

L. X. P. : Le livre a une carrière parallèle aux humains. Comme l'écrit Heine : « Là où on brûle des livres, on finit par brûler des hommes. » On peut aussi retourner la phrase. Le sociologue Leo Lowenthal a entamé une psychanalyse de l'humanité à partir du brûlement des livres : au-delà des cadavres, on tue ce qui leur survit, c'est-à-dire le livre. Sous la Révolution française, ce qui est arrivé aux livres est symptomatique de l'événement. On centralise le pays : les ouvrages venus de province affluent donc vers Paris, dans le but d'un grand classement. Mais l'incurie règne, plusieurs millions de livres pourrissent, on utilise même le papier pour les cartouches à canon. Ainsi disparaît le système français des bibliothèques privées. Puis, durant la Commune, par haine du bourgeois, les communards brûlent les bibliothèques de l'Hôtel de Ville, du Conseil d'Etat et du Louvre, qui inclut les collections des rois ainsi que les livres interdits et censurés. Mais c'est un mouvement de panique. Les communards ne touchent d'ailleurs pas à la Bibliothèque nationale.

L. P. : Quant aux bibliothèques parisiennes, pillées par les Allemands durant la Seconde Guerre mondiale, la plupart se sont retrouvées en URSS, qui ne les a jamais restituées.

L. X. P. : Cela concerne près de 12 millions d'ouvrages. Il s'agit des bibliothèques étrangères (russe, polonaise, ukrainienne) de Paris et des grandes bibliothèques juives (Rothschild, Lipschütz, Mandel, Walter Benjamin). Une chercheuse, Patricia Grimsted, a ainsi découvert que les fonds Léon Blum et Emmanuel Berl se trouvent aujourd'hui dans la bibliothèque présidentielle à Minsk, en Ukraine. Par ailleurs, quelques millions de ces ouvrages pourrissent sous les excréments de pigeons dans une église abandonnée à Uzkoe, près de Moscou. La France ne réclame pas ces livres. Comme me l'a confié un ami diplomate : « Vous n'allez tout de même pas nous fâcher avec les Russes. » Il doit y avoir des choses plus importantes. Hélas, certains officiers soviétiques à la retraite ont révélé en 2001 que beaucoup de littérature « dégénérée » avait été brûlée sous Staline, dans sa période antisémite.

L. P. : Dans le chapitre sur l'Allemagne nazie, vous soulevez un paradoxe : d'une part, l'action destructrice à l'égard des livres indésirables et la chasse aux livres juifs, d'autre part, la mise sur pied par les nazis de la plus grande concentration de littérature juive.

L. X. P. : Il y a deux moments. D'abord, en 1933, la Bête parle : « Le livre, juif, communiste, doit être détruit. » C'est le grand autodafé du 10 mai 1933, à Berlin. Des dizaines d'autres suivront. Le rituel, avec parade, chants, torches et hérauts, s'inspire de l'Inquisition et ravit la populace. Ces autodafés entraînent une faible réaction, hormis la création des « bibliothèques de livres brûlés » à Londres, New York (inaugurée par Einstein) et Paris (Cité fleurie, boulevard Arago). Détail cocasse : celle-ci sera saisie en 1940 par la police française et intégrée à la Bibliothèque nationale, mise à l'abri dans le Bordelais. Dans un second temps, en 1940, les nazis cessent de détruire et se mettent à trier, avec l'aide de spécialistes, d'hébraïstes. Sous les ordres de Rosenberg, qui crée à Francfort l'Institut d'études juives, on rassemble des millions d'« Hebraïca ». Le dénicheur en chef s'appelle Johannes Pohl, un chercheur, qui parcourt l'Europe, dévalise Vilnius, Salonique. En ligne de mire, il y a le projet d'une Hohe Schule, école supérieure dont les départements seraient : judaïsme, communisme, franc-maçonnerie. En somme, une bibliothèque en négatif de ceux qu'on aura détruits mais qu'on voudra étudier !

L. P. : Un lieu à Paris, situé à 200 mètres de la Bibliothèque François-Mitterrand, porte la cicatrice de cette période.

L. X. P. : Il s'agit du « camp Austerlitz », au 43, quai de la Gare. Quatre cents prisonniers pris à Drancy y triaient les rafles d'Actions meubles, section allemande qui prélevait les biens juifs. Chez eux, les gens n'avaient mis leur nom que sur le premier livre de chaque rangée, persuadés que tout serait conservé ensemble. L'entrepôt d'Austerlitz a flambé en 1944, mais aucune plaque n'en parle. Ironie cruelle de l'Histoire, on a construit tout près la BNF.

L. P. : Et que sont devenus les ouvrages rassemblés par les nazis à Francfort ?

L. X. P. : Une grande partie a brûlé sous les bombardements alliés. Il faut savoir que l'Allemagne, comme l'Angleterre durant le Blitz, a perdu, lors des bombardements de Dresde, Leipzig, Hambourg et autres villes, près de 12 millions de livres. Si on voulait établir la liste des bibliothèques détruites durant cette guerre, il faudrait des centaines de pages. A Francfort, l'Omgus, c'est-à-dire Eisenhower et ses hommes, n'a sauvé que 3 millions de livres juifs. Les deux tiers retrouvent leurs propriétaires, le reste est impossible à restituer. Très vite, la Library of Congress est sur place et expédie 200 000 ouvrages à Washington. Les Américains sont toujours très rapidement opérationnels. Au Japon, en 1945, ils apportent leur propre littérature. A Bagdad, en 2003, la Library of Congress est la première équipe de bibliothécaires présente.

L. P. : Justement, où ont eu lieu récemment les grands massacres de livres ?

L. X. P. : Il y a d'abord le génocide de Pol Pot. On connaît sa haine du papier : plus de monnaie, plus de photo d'identité, plus de livre. Il n'en reste pas un seul. Autre grand drame, celui de l'Afrique noire, qui, par impéritie et absence de moyens, est orpheline de ses bibliothèques. Il y a bien sûr en 1992 le bombardement de la bibliothèque de Sarajevo, symbole de tolérance entre les cultures, les langues, les civilisations. Elle est toujours fermée. Les Autrichiens ont payé le toit, mais la réfection a nécessité trois ans. Les murs sont donc imprégnés d'eau et de glace, et il n'y a pas de livres. A Bagdad, les Américains ont préservé le ministère du Pétrole, mais ont laissé piller la Bibliothèque nationale. D'autres pays sont préoccupants : le Cachemire, le Pakistan ou l'Inde. Début janvier, au nom de la religion musulmane, l'Institut de recherches orientales de Bhandarkar a été brûlé - on y dénombrait 30 000 manuscrits anciens - par la foule, parce qu'il s'y trouvait un ouvrage de James Laine sur un ancien roi musulman, édité par Oxford University Press, qui avait déplu. Toutes ces exactions sont répertoriées sur des sites tels que Ad libitum ou Ex Libris.

L. P. : Le XXIe siècle sera-t-il synonyme de nouveaux dangers pour les bibliothèques ?

L. X. P. : La menace vient de la numérisation et de la mise en ligne. Je suis frappé par les efforts de certains conglomérats pour acquérir les sociétés d'édition, celles en particulier qui publient des dictionnaires et des ouvrages de référence, dans le but de numériser l'information et d'en faire payer l'accès

François-Guillaume Lorrain. © le point 19/02/04.

Lucien X. Polastron. Né en 1944, sinisant et arabisant, il est l'auteur de « Le papier, 2000 ans d'histoire et de savoir- faire » (Imprimerie nationale Ed., 1999). C'est à l'occasion de ces recherches sur les livres et leur création que cet ancien journaliste découvrit les nombreux cataclysmes dont ils avaient été aussi les victimes. Expert reconnu de l'histoire et de la pratique de l'art calligraphique, il a également publié plusieurs essais sur le sujet, dont « Calligraphie chinoise : initiation » (Fleurus, 1995).

« Livres en feu. Histoire de la destruction sans fin des bibliothèques », de Lucien. X. Polastron (Denoël, 430 pages, 22 euro).


12 février 2004 : communiqué de l’Académie française.

Il est à craindre qu’à la rentrée de 2004, l’enseignement du grec et du latin disparaisse de la quasi-totalité des lycées et bientôt des collèges de France.

L’Académie française exprime sa vive désapprobation d’une telle perspective, ouverte semble-t-il pour des raisons d’économie. Cette perspective risque en effet de priver les élèves d’un enseignement qui reste essentiel car il facilite la maîtrise de la langue française, et, loin de contrarier l’enseignement des langues vivantes, permet au contraire de mieux appréhender l’identité européenne et les cultures étrangères et favorise l’ouverture aux disciplines scientifiques.

L’Académie française s’associe à la pétition de nombreux organismes et associations qui ont déjà pris position en faveur du maintien de l’enseignement du grec et du latin en France.

http://www.academie-francaise.fr/actualites/index.html

http://www.sauv.net/latingrec2004.php


 

Deux précieux manuscrits de Paul Verlaine entrent dans les collections publiques grâce au Fonds du patrimoine.

13 février 2004

Jean-Jacques Aillagon, ministre de la Culture et de la Communication, annonce que deux importants manuscrits autographes signés de Paul Verlaine (1844-1896) ont été préemptés par l'Etat en vente publique le mercredi 11 janvier, et acquis grâce à des contributions importantes du Fonds du Patrimoine.

Le premier manuscrit, Sagesse, comprend 43 poèmes rédigés par Verlaine en 1873 dans sa cellule de Mons où il fut incarcéré après avoir tiré au revolver sur Rimbaud. Il comporte de nombreuses ratures et corrections, ainsi que des variantes par rapport au texte définitif de Sagesse, et donne la toute première version de ce recueil publié en 1881 et considéré comme un des chefs-d'oeuvre du poète et un des sommets de la poésie religieuse. Il a été préempté pour la Bibliothèque nationale de France au prix de 350.000 euros hors frais et son acquisition est financée avec le soutien Fonds du patrimoine.

La Bibliothèque municipale de Metz, ville natale de Verlaine, s'enrichira quant à elle du précieux manuscrit des Confessions (1894-1895), qui relate notamment l'enfance messine du poète. Ce manuscrit comporte également un grand nombre de corrections, de repentirs, d'additions marginales et interlinéaires, et est enrichi de six dessins : un autoportrait de l'auteur à l'âge de huit ans et cinq dessins de Frédéric Auguste Cazals, poète et chansonnier, représentant Verlaine et Victor Hugo. Il a été préempté au prix de 290.000 euros hors frais et son acquisition est financée à 50% sur le Fonds du patrimoine.

13-02-2004 - http://www.culture.gouv.fr/culture/actualites/


Hommage à Michel Castaing, expert paléographe.

Expert paléographe internationalement reconnu, Michel Castaing est mort jeudi 29 janvier, à l'Hôpital américain de Paris, des suites d'une infection pulmonaire. Il était âgé de 85 ans.

Michel Castaing était né le 26 mars 1918 à Toulouse, berceau de sa famille paternelle, de Marcellin Castaing, écrivain, critique d'art, et de Madeleine Magistry, originaire de Chartres. L'histoire de l'art a retenu le nom de Madeleine Castaing : avec son époux, ils furent collectionneurs pionniers et principaux mécènes du peintre Soutine. La "petite Madeleine des décorateurs", comme on la surnommait avec affection et admiration dans le milieu de la décoration, aussi bien à Paris qu'à New York, où se trouve son portrait au Metropolitan Museum, peint par Soutine en 1928.

Michel Castaing a partagé ses années de jeunesse entre Toulouse, où il fit ses études universitaires, et la propriété familiale de Lèves, commune suburbaine de Chartres. Cette belle demeure, construite au lendemain de la Révolution et qui servit de résidence d'été aux évêques de Chartres, était la propriété du grand-père de Madeleine Castaing, un journaliste ami d'Emile de Girardin. Elle en fit sa première œuvre de décoratrice en mélangeant avec liberté et fantaisie les styles Restauration, Empire et Napoléon III. Un écrin posé dans un parc ombragé où les Castaing accueillaient leurs relations artistiques parisiennes. Particulièrement Soutine, qu'ils hébergèrent régulièrement de 1928 à 1939 et qui a peint, à Lèves et à Chartres, plusieurs de ses chefs-d'œuvre.

C'est dans ce milieu et ce lieu où Michel Castaing côtoyait Soutine, Modigliani, Picasso, Cocteau, Cendrars, Erik Satie, Jacques Guérin qu'est née sa vocation lorsqu'il recueillit, à l'âge de 15 ans, son premier autographe. Abandonnant son doctorat en droit, il cultiva sa passion tout en enrichissant sa collection d'autographes. Si bien que, lorsqu'il fut introduit auprès de Mme veuve Charavay, elle lui proposa, en 1944, de succéder à Jacques, Etienne et Noël Charavay en dirigeant la vénérable maison fondée en 1830, 3, rue de Furstenberg, à Paris, spécialisée en lettres, autographes et documents historiques.

Lorsque la maladie le surprit, fin décembre 2003, Michel Castaing continuait de partager sa vie, depuis soixante ans, entre Paris et Lèves. Paris et son cabinet d'autographes, dont il avait conservé le décor d'origine, et la demeure de Lèves, témoin d'un temps passé et suspendu comme une évocation de Proust, l'écrivain préféré de sa mère.

Mais le libraire paléographe s'était aussi attaché à conserver l'esprit de la maison Charavay en l'ouvrant aux chercheurs. L'expert, qui dirigea des grandes ventes publiques en France et à l'étranger, a contribué à enrichir les collections nationales. Le légataire de la collection des Soutine de Marcellin et Madeleine Castaing s'est acquitté des droits de succession par dation avec deux Soutine, dont Le Grand Enfant de chœur, déposé au Musée des Beaux Arts de Chartres selon son souhait.

Michel Castaing avait été fait chevalier de la Légion d'honneur en 1990, à Paris, des mains d'Alain Decaux. C'est Emile Zucarelli qui lui avait remis, en 1998, les insignes d'officier à Lèves. Lèves dont il fut le maire estimé pendant trente ans et regretté quand il décida de se retirer en 1995. Michel Castaing aurait aimé faire une carrière politique. Il se revendiquait de la famille radicale de Clemenceau à Mendès France, mais c'était plus un état d'esprit qu'une appartenance.

La dernière grande vente de Michel Castaing se fit dans le cadre de la dispersion de la bibliothèque du grand collectionneur Jacques Guérin, en 1998, qui comportait notamment des poèmes autographes annotés d'Une saison en enfer, d'Arthur Rimbaud, et La Lettre à Barasse, de Lautréamont, qui est en quelque sorte son testament littéraire.

Michel Boudaud - LE MONDE le 5 Février 2004


 

Une bibliothèque sur Thang Long - Hanoi est prévue.

Le service de la Culture et de l'Information de Hanoi devrait prochainement créer une bibliothèque sur Thang Long-Hanoi. Autrement dit, il s'agit de disposer d'une collection sur le patrimoine culturel de la capitale, au cours de son histoire de mille ans.

Les documents sur Hanoi millénaire constituent un trésor culturel inestimable. Mais ceux qui collectent et rédigent ont encore du pain sur la planche. La plus grande difficulté consiste à trouver les documents, disséminés un peu partout dans le pays et à l'étranger, propriétés d'organismes et de particuliers.

Les démarches nécessaires

En 1998-1999, la Bibliothèque de Hanoi a proposé un thème de recherche sur les mesures prises, en vue de collecter des monographies sur Hanoi. En 2002, un plan sur la création d'une bibliothèque de ce genre a été dressé. Ont ensuite été programmées des enquêtes sur la recherche des documents à Hanoi, dans les provinces du delta du fleuve Rouge, à Huê, à Hô Chi Minh-Ville.

Un immeuble de 11 étages a été mis en chantier fin 2003 toujours à l'initiative de la Bibliothèque de Hanoi. Un étage d'environ 500 m² de ce bâtiment permettrait d'archiver les documents sur Thang Long-Hanoi. La construction de la bibliothèque s'achèverait avant 2010, année de la célébration du millénaire de la capitale. À ce jour, ont déjà été collectés environ 10.000 titres. Un chiffre encore modeste par rapport aux estimations des chercheurs, qui tablent sur près d'un million.

Une page web devrait voir le jour. Ainsi, une e-bibliothèque serait accessible au public, à l'horizon 2004-2005. En effet, dans un futur proche, il est tout à fait réalisable de disposer d'une collection complète sur Thang Long-Hanoi millénaire, ce qui contribuerait à valoriser et à conserver le trésor culturel si précieux de la capitale.

Thuc Hiên/CVN - 04 février 2004. Le Courrier du Vietnam.


 

La Bibliothèque nationale de France rend hommage

à Abdel Rahman Mounif

 D'un père saoudien et d'une mère irakienne, Mounif (1933-2004) a été déchu de sa nationalité saoudienne en 1963, et a longtemps vécu en exil, entre plusieurs pays arabes : Jordanie, Algérie, Yémen, Irak et Syrie ainsi qu'en France et en Yougoslavie. Certains de ses ouvrages ont été traduits en plusieurs langues, notamment en français et en anglais.

En dehors de l'exposition, sous l'égide du département Littérature et art de la BNF, ces ouvrages sont consultables à la Bibliothèque.

"Les villes de sel" (Moudoun al-Milh), "Les villes en noir" (Moudoun al Sawad) et "A l'est de la méditerranée" (Chark al-Moutawasset) figurent parmi ses livres les plus lus dans le monde arabe. Plusieurs de ses romans ont été traduits en français (chez Sindbad/Actes Sud) et en anglais mais la plupart de ses oeuvres sont interdites de publication dans plusieurs pays arabes, notamment dans les monarchies arabes du Golfe.

27/01/2004 - AFP


ART DE L'ISLAM.

Une sélection dans les collections belges,

du 5 décembre 2003 au 25 avril 2004.

Quelque 150 pièces provenant de collections belges seront, pour la première fois, rassemblées et présentées au public. A ce jour, aucune étude systématique n'a été entreprise sur ce qui existe dans notre pays dans ce domaine . De même, jamais aucune exposition en Belgique n'a été consacrée à l'art de l'Islam dans son ensemble. Au Benelux, la seule collection qui en donne un aperçu cohérent et global est celle du Musée du Cinquantenaire, mais elle est inaccessible depuis 1993.

L'exposition a pour but d'attirer l'attention sur les richesses insoupçonnées que recèle notre pays en matière d'art islamique. Elle veut aborder l'époque et les circonstances dans lesquelles les oeuvres d'art sont arrivées chez nous selon trois axes principaux: découvertes de terrain, objets conservés dans le cadre du culte médiéval des reliques et pièces issues de collections constituées aux XIXe et XXe siècles. Le centre même de la manifestation est l'art de l'Islam proprement dit et le choix opéré s'est porté sur les pièces pour lesquelles nous disposons de renseignements suffisants.

La période envisagée s'étend de 600 à 1800 après J.-C. et les régions concernées sont celles situées au centre de l'Islam, soit de l'Espagne à l'Inde, en mettant l'accent sur l'Iran, l'Égypte, la Syrie, la Turquie et l'Espagne. Le Maghreb sera également représenté par quelques exemples. Les pièces proviennent des Musées royaux d'Art et d'Histoire et du Musée royal de l'Armée et d'Histoire militaire - où la collection d'armes des MRAH est temporairement conservée-, de la Bibliothèque Royale, de divers musées du pays, de trésors d'églises et de quelques collections privées.

Un catalogue richement illustré est prévu et constituera le premier volume d'une série publiée dans le cadre de l'ouverture de la salle de l'Islam au Musée du Cinquantenaire. Les services éducatifs et culturels prévoient un programme adapté.

*Lieu de l'exposition : Musée du Cinquantenaire, Parc du Cinquantenaire 10, 1000 Bruxelles, Salle aux colonnes.

http://www.bladi.net/modules/newbb/sujet_13090_26.html


 

Destruction importante de manuscrits en Inde

 

Les manifestants ont détruit sans discernement des biens culturels de première importance, parmi lesquels on trouve une tablette assyrienne vieille de 2600 ans

Environ 150 membres de la Brigade Sambhaji se sont rués dans la bibliothèque de l'Institut Bhandarkar en Inde pour protester contre la publication d'un livre de James W. Laine consacré à Shivaji, une figure religieuse et guerrière importante de l'Inde occidentale du XVIIIe siècle. Dans leur rage, les manifestants ont détruit, volé ou endommagé 30 000 manuscrits anciens, selon les premières estimations disponibles.

La légende de la vie tumultueuse de Shivaji demeure, aujourd'hui encore, au coeur de la pensée de certains nationalistes hindous. Pour écrire son livre controversé, James W. Laine, un auteur américain, s'était notamment documenté aux archives de l'importante bibliothèque de l'Institut Bhandarkar. Dans son travail, il expose des rapports d'opposition entre musulmans et hindous moins tranchés que ne le laisse entendre la tradition au sujet de Shivaji.

En décembre, Laine en était venu à s'excuser pour ses interprétations au sujet de Shivaji. Son éditeur, la respectable Oxford University Press, a même retiré le livre du marché. Le 22 décembre dernier, un historien qui avait aidé Laine dans son travail a été molesté en public à la suite de cette affaire. Tout cela n'a semble-t-il pas suffi à calmer la colère locale.

Les manifestants ont détruit sans discernement des biens culturels de première importance, parmi lesquels on trouve une tablette assyrienne vieille de 2600 ans.

La police a accordé une protection spéciale à trois historiens du centre dont la vie pourrait être menacée. Elle a interpellé à ce jour 72 personnes en rapport avec cette affaire.

Dès mardi, jeunes et vieux se sont affairés à nettoyer les lieux et à tenter de préserver ce qui pouvait encore l'être.

Jean-François Nadeau - Édition du jeudi 8 janvier 2004 - www.ledevoir.com


Vente à Paris, les 3 & 4 décembre 2003,

de la bibliothèque littéraire

Robert Moureau.

 

C'est une vente exceptionnelle au chapitre des livres anciens et belles reliures qui s'est tenue à Paris-Drouot, le mois dernier. Il s'agit de la bibliothèque réunie par Robert Moureau et Micheline de Bellefroid.

 L'exposition de cette bibliothèque eut lieu simultanément à Bruxelles, à la Wittockiana, et chez le libraire-expert Pascal De Saedeleer, puis, à Paris, chez Pierre Bergé & Associés.

Robert Moureau, avocat et homme politique belge important, mais surtout grand bibliophile devant l'Eternel, collectionna les éditions originales d'auteurs contemporains, constituant l'une des plus formidables bibliothèques du XXe siècle. Il put réunir bon nombre d'exemplaires de tête, souvent le numéro 1, et d'œuvres dédicacées qu'il fit relier par les meilleurs artisans relieurs de son temps.

Robert Moureau, administrateur très actif de la Société royale des bibliophiles jusqu'en 1966, moment où un accident de voiture l'immobilisa, mourut en 1983. Gide, Claudel, Michaux, Proust, Mauriac, Gracq, Bataille… étaient ses familiers, et le libraire Paul van der Perre le tenait pour l'un des hommes les plus intelligents et les plus cultivés qui fût.

Quant à Micheline de Bellefroid, c'est une relieuse d'art et de littérature qui fit ses classes à la Cambre, si complice de la vie propre des œuvres et des temps de l'écriture qu'elle put habiller les textes des habits les plus adéquats. Robert Moureau lui confia tôt des ouvrages d'importance, alors même qu'elle n'était encore qu'étudiante.

La Belgiquen'était pas présente

C'est dire si, dans le catalogue de la vente qui se déroula les 3 et 4 décembre, il y avait abondance de biens, voire de merveilles. D'aucuns regrettèrent que la Belgique et ses institutions ne furent guère présentes à cette vacation qui engageait tant notre pays, les prestigieuses raretés de l'un de ses collectionneurs mais aussi ses écrivains, ses artistes, ses relieurs d'art les plus accomplis dont Tchékéroul et Jo Delahaut.

La première partie de la vente totalisa 1.171.000 euros au marteau pour 410 lots. Deux d'entre eux dépassèrent allégrement les estimations et furent adjugés respectivement 100.000 euros, sans les frais. Il s'agit du premier jet du manuscrit de Camus « La corde », 68 pages écrites en 1948-1949 qui allaient devenir « Les justes ». L'ouvrage avec sa reliure en maroquin vert sombre de Liliane Gérard montre une écriture, des ratures et des repentirs qui témoignent de la fièvre créatrice de l'écrivain. Il avait été estimé 75.000 euros maximum.

Michaux avec une correspondance de 50 lettres et de cartes à Franz Hellens se vit couronner par une enchère de 45.000 euros. La barre de 50.000 euros qui avait été avancée fut presque atteinte. Reliure de Micheline de Bellefroid en maroquin janséniste noir doublé de daim naturel fauve, cette correspondance qualifiée de « fabuleux trésor conservé en dépit de l'auteur », révèle un Michaux encore inconnu, criant misère, tel qu'en lui-même cependant et attelé à l'écriture avec une passion extraordinaire. Tous ces manuscrits et autographes ont été préemptés par la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet.

L'autre enchère de 100.000 euros fut mise sur un exemplaire de l'édition originale du « Voyage au bout de la nuit » de Céline, à Paris, en 1932, chez l'éditeur Denoël et Steele. Cet exemplaire hors commerce, non justifié, sur vergé d'Arches, joint à dix exemplaires de tête et relié en maroquin janséniste noir par Huser, contient une lettre de Céline signée « Destouches » à Jean Ajalbert, un envoi autographe au même signé Céline et deux photographies dont l'une, célèbre, montre l'écrivain seul et vu de face. La petite histoire nous apprend que Jean Ajalbert, de l'académie Goncourt, fut le seul, avec Lucien Descaves et Léon Daudet, à soutenir la candidature de l'écrivain au prix qui devait lui échapper…

Danièle Gillemon

Le Soir du jeudi 8 janvier 2004

© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne, Bruxelles, 2002


Rencontres littéraires

Une visite littéraire au château de Kynzvart ( Bohême )

par Vaclav Richter

Le Congrès de Vienne qui a rétabli la paix en Europe, en 1815, après la chute de Napoléon, a été le chef-d'oeuvre diplomatique du prince Metternich. Cet aristocrate issu d'une vieille famille rhénane a réussi à recoller l'Europe brisée par les guerres napoléoniennes et à rétablir l'équilibre européen, tout en luttant contre les principes révolutionnaires qui surgissaient dans divers pays depuis la Grande Révolution française. Laissons aux historiens la tâche de juger la vie et l'oeuvre de ce chancelier autrichien qui a joué un rôle clé dans l'histoire européenne des premières décennies du XIXème siècle. Ce n'est pas Metternich - homme politique, mais Metternich - intellectuel et ami des livres, que je vous propose de présenter aujourd'hui. Je vous invite à une visite littéraire du château de Kynzvart en Bohême de l'Ouest, résidence préférée du chancelier, qui abrite encore aujourd'hui d'innombrables souvenirs de cet homme.

L'objet de notre visite nous oblige de laisser à part la suite des salons meublés avec un goût exquis dans le style Empire et "Biedermeier" et ornés de portraits représentant les membres de la famille Metternich qu'on doit aux grands noms de la peinture du début du XIXème siècle - Sir Thomas Lawrence, Sir Joshua Reynolds, François Gérard etc. On y trouve aussi de nombreux objets d'art de grande valeur qui ont été offerts au prince Metternich par les puissants de son temps. Passons aussi à côté de la grande salle qui abrite une belle collection de statues en marbre blanc d'Antonio Canova.

Nous n'allons nous arrêter qu'à la bibliothèque, une des plus importantes qui se soient conservées dans les demeures aristocratiques de Bohême. Elle compte 24 000 tomes, 160 manuscrits et 240 incunables. Les bases de cette bibliothèque ont été jetées déjà au XVIème siècle. Le noyau de la collection appartenait à l'archevêque Lothar von Metternich ayant vécu entre 1551 et 1623. Il a légué ses livres à ses neveux qui allaient acquérir par héritage le domaine de Kynzvart. Avec le temps, la bibliothèque s'enrichissait de nouvelles acquisitions et de dons précieux. Le chancelier Metternich, lui aussi, soignait bien sa bibliothèque. Après 1818, lorsqu'il a procédé aux travaux de remaniement du château, il a envoyé les livres à Vienne et ne les a réinstallés à Kynzvart qu'après la fin des travaux, dans une nouvelle aile du château, en 1835.

Aujourd'hui, on trouve sur les rayons de vieux textes théologiques, des livres d'auteurs grecques et latins, des ouvrages d'histoire, des biographies, des livres sur la héraldique et la numismatique, mais aussi des ouvrages encyclopédiques, des livres sur la géographie, sur le droit, l'économie, les sciences exactes et évidemment sur la politique et la diplomatie, car le maître des lieux, le chancelier Metternich, était, comme on le sait, un des plus grands diplomates de son temps. On peut dire sans exagérer que chaque spécialiste trouvera ici des ouvrages susceptibles de l'intéresser. Il y en qui sont d'une grande valeur. Parmi les manuscrits du XIIème siècle il y a, par exemple, deux lettres de la main de saint Bernard de Clairvaux, on y trouve une "Histoire de France" richement illuminée du XIVème siècle, le manuscrit de la Chronique de Magdebourg, de 1525, source d'informations historiques souvent citées, ou bien, un manuscrit du célèbre dramaturge espagnol Lope de Vega. La bibliothèque abrite aussi une collection de quelque 8000 gravures anciennes de valeur.

Je ne veux pas vous fatiguer avec une énumération sans fin des joyaux de la bibliothèque de Kynzvart et je vous propose de passer, pour terminer cette visite, dans le cabinet des curiosités qui fait partie des collections du château et qui ne manque pas non plus de souvenirs littéraires. Parmi d'innombrables petits objets réunis dans le cabinet on trouve un bureau assez usé et égratigné qui n'attirerait sans doute pas beaucoup d'attention si ce n'était pas le bureau d'Alexandre Dumas. Le célèbre romancier ne s'est rendu en Bohême qu'une fois, en 1866. Il n'a passé qu'une journée à Prague en visitant le palais Wallenstein, car il préparait un roman sur la Guerre de Trente ans, roman qui devait raconter les exploits du généralissime Albrecht de Wallenstein. En visitant Prague l'écrivain était accompagné par sa fille Marie Alexandre. C'est grâce à cette femme charmante qui était peintre et poétesse que les rapports entre la famille Dumas et la Bohême ne se sont pas arrêtés là. Elle a connu à Paris l'ambassadeur autrichien Richard Metternich, fils du célèbre chancelier. Une amitié tendre et discrète est née entre Marie Alexandre et le diplomate autrichien. C'est au nom de cette amitié que Marie Alexandre a enrichi la collection des curiosités de Kynzvart par des objets précieux ayant appartenu à son père.

On y trouve aujourd'hui le fauteuil du romancier et son bureau sur lequel on déchiffre non seulement des notes et des signatures d'Alexandre Dumas mais aussi des vers écrits par sa main qui lui ont été inspirés par les beautés de Venise. On y conserve aussi d'autres reliques dont une canne et une arme de chasse ayant appartenu à l'écrivain et une moulure en plâtre des mains du romancier et de sa fille. Et ce n'est pas tout. La plus grande surprise pour les archivistes est venue relativement tard. En 1949, on a découvert dans les archives de Kynzvart 345 manuscrits d'Alexandre Dumas relevant pratiquement de tous les domaines de ses activités littéraires. Parmi ces documents il y a un fragment de sa propre version de la tragédie Roméo et Juliette. C'est Marie Alexandre qui, se souvenant de son grand amour pour Richard de Metternich, a décidé, avant sa mort, d'envoyer les manuscrits de son père, donc ce qu'elle possédait de plus précieux, dans ce château de Bohême. C'est grâce à elle qu'il y a aujourd'hui à Kynzvart une partie importante de la succession littéraire du père des Trois mousquetaires.

Radio Prague. 2003


Bibliothèque nationale d’Algérie.

Ouverture de trois annexes par Farouk B.

La ministre de la Communication et de la Culture, Mme Khalida Toumi, a annoncé, lors des assises nationales, que dans quelques jours, il y aura l’inauguration d’une annexe à Frenda, wilaya de Tiaret, d’un centre national des manuscrits à Adrar et d’une annexe à Béjaia.

Mme Toumi a cité aussi l’ouverture du premier centre algérien des études khaldouniennes à Tiaret, un autre sur les études andalouses à Tlemcen. Pour les professionnels en bibliothéconomie et les universitaires, il s’agit d’une décision capitale et même historique.

L’œuvre du grand penseur Ibn Khaldoun a été presque oubliée et abandonnée. Sa mémoire a été rarement honorée aussi bien par les institutions publiques que par le mouvement associatif. Pour la première annexe d’Adrar, il sera question de la préservation et de la mise en valeur du fonds manuscrit hérité depuis des siècles des anciennes confréries.

Ce patrimoine, s’il vient à être récupéré, sera d’une grande utilité aux chercheurs et aux universitaires. Il révèlera entre autres les tendances et les caractéristiques de la pensée d’antan. Le choix de la wilaya d’Adrar n’est pas fortuit.

C’est une région qui compte un nombre important de manuscrits. La deuxième annexe qui sera ouverte à Frenda reprendra le fonds d’ouvrages et de manuscrits du penseur orientaliste Jacques Berque, qu’il a lui-même légué à la bibliothèque municipale de Frenda.

La troisième annexe sera ouverte à Béjaia, ville réputée pour son rayonnement culturel et intellectuel. L’intérêt témoigné au domaine de la bibliothèque par les institutions publiques sera d’un grand apport, selon le directeur de la Bibliothèque nationale qui, à maintes reprises, a plaidé pour le renforcement des activités culturelles et d’animation, une des options de développement de la société algérienne.

F. B.le jeune indépendant - 31/12/2003


 

Un livre sur le voyage de Moulay Hassan au Tafilalt

L’historienne Amina Aouchar a signé un récit passionnant et riche en informations sur une époque du Maroc.

 

Nous sommes le 29 juin de l’an 1893. Moulay Hassan, à la tête de trente milles hommes, entame un long voyage à travers le Maroc de ce XIXe siècle. De Fès au Tafilalt, du Tafilalt à Marrakech en passant par le sud de l’Atlas, le voyage du sultan est une expédition dans l’histoire, la géographie et la société marocaine de l’époque. A travers son ouvrage “Le voyage du Sultan Moulay Hassan au Tafilalt du 29 juin au 28 décembre 1893”, l’historienne Amina Aouchar a signé là un récit passionnant et riche en informations et données sur les coutumes et les pratiques d’une période importante de l’histoire du Maroc. Reconstitution vivante d’un périple entrepris pour des raisons religieuses et politiques, ce livre est également une invitation à la découverte: Celle de la mémoire d’un pays. Comment on voyage à cette époque, comment était la cour du Sultan, le protocole, les rituels d’offrandes à Moulay Hassan, la célébration des fêtes religieuses adaptée au “mode déplacé”, l’organisation du camp royal, Aouchar décrit avec minutie les détails pour brosser un ensemble clair et précis. Étape après étape, le portrait de cet homme remarquable commence à prendre forme dans l’esprit du lecteur tout en suggérant l’importance de son œuvre.

Animée par un souci d’objectivité, l’auteur a fait appel aux témoignages des personnes, marocaines et étrangères, qui ont accompagné le sultan dans son voyage. Les lettres officielles, les comptes-rendus des membres de la cour et les notes des topographes qui inspectaient les itinéraires viennent également agrémenter ce récit historique tout en l’enrichissant par une diversité des visions et des approches. Le lecteur se trouve ainsi invité à se poser des questions, à commenter et à interpréter les événements qui lui sont racontés selon sa propre sensibilité.

Amina Aouchar entame chaque chapitre en racontant le voyage royal tout en l’illustrant par une iconographie abondante puisée dans les archives de la Bibliothèque Royale et la Bibliothèque Générale de Rabat. Composées de lettres officielles, manuscrits, dessins et aquarelles, les illustrations comportent aussi des reproductions de tableaux d’orientalistes italiens et anglais. Une reconstitution momentanée de l’histoire conjuguée à l’imaginaire artistique. Après cela, le verbe cède la place à l’image pour raconter le voyage par flash. Le regard du photographe Franco D’Alessandro transporte le lecteur dans le cortège du Sultan, le conduit à travers les paysages naturels, les monuments, historiques dans une tentative de capter l’âme du moment et du mouvement.

Premier né de la maison d’édition Senso Unico, “Le voyage du sultan Moulay Hassan au Tafilalt du 29 juin au 28 décembre” de Amina Aouchar a vu le jour grâce au soutien de la BMCI.

Hayat KAMAL IDRISSI

L'économiste - 19 décembre 2003.


Le chaos Leopardi Première mondiale :

la traduction intégrale du «Zibaldone», le gisement d'idées du plus grand poète italien depuis Dante.

 

«Douce et claire est la nuit, sans un souffle, Et calme sur les toits, au-dessus des jardins, La lune repose et révèle, sereines, Les montagnes au loin...(1)

A 10 ans, Leopardi élit domicile dans la richissime bibliothèque de son père : il y travaille sans trêve, « à genoux devant sa petite table, pour pouvoir écrire jusqu'à l'ultime instant, avant que la bougie ne s'éteigne ».

En regardant à l'est, on verrait de jour le Monte Conero naufrager dans l'Adriatique. Au-delà, est enchâssée Ancône. En deçà, à partir des plages étroites de Sirolo, Numana ou Portorecanati, le pays grimpe en douceur de coteau en coteau, se repose sur les «balcons des Marches», Osimo, Castelfidardo, Offagna, Recanati, et poursuit, plus âprement, vers «les montagnes au loin», la dorsale blanchie des Appenins. A la fin du XVIIIe siècle, Recanati devait compter, éparpillées de la colline à la mer, moins de quinze mille âmes. C'était un « bourg sauvage », isolé, aussi éloigné de Rome que de Milan. Annexées depuis 1532 aux Etats pontificaux, les Marches étaient piétinées par toutes les soldatesques, espagnoles, autrichiennes, françaises. Lorsque Napoléon traversa à cheval Recanati, le comte Monaldo Leopardi fut l'un des rares à rester cloîtré en sa demeure. Profondément réactionnaire, fidèle au pape, le comte assistait depuis des années, entre rage et résignation, à l'érosion de «son» monde, fait du respect de la hiérarchie et de la soumission aux valeurs chrétiennes. Bibliophile passionné, écrivain féru d'histoire et de philosophie, gouverneur du pays, il ne sortait qu'en habit de parade, pour appeler «des révérences encore plus marquées», de la part du peuple. A sa femme Adélaïde, marquise d'Antici, revenait l'économat, la gestion du patrimoine familial et des affaires domestiques. C'était une femme dure, taciturne, fermée à toute manifestation de tendresse, toujours prête à brandir la croix contre les diables du plaisir, une bigote, capable, écrira son fils, d'envier «intimement et sincèrement» ces parents «qui perdaient leurs enfants jeunes» parce que ceux-ci «étaient montés au ciel sans connaître le danger». Le fils, Giacomo, naît le vendredi 29 juin 1798. Viendront ensuite Carlo, Paolina, Luigi, et, plus tard, Pierfrancesco, qui continuera la lignée.

« Encre de couleur bure.. »

De Giacomo Leopardi paraissent aujourd'hui le Discours sur l'état présent des moeurs en Italie et, surtout, le Zibaldone. Ecrit probablement en mars 1824, en même temps que les premières Petites OEuvres morales, le Discours décrit la condition culturelle et psychologique et l'Italie et des Italiens. Leopardi y fustige l'anomalie morale que représente son pays, qui n'a pas de société, qui possède des usages ou des habitudes plutôt que des moeurs, qui, rongé par le cynisme, ne s'est «civilisé» que de façon chaotique et incomplète, en se déracinant des fondements de la morale antique mais sans leur substituer les principes de vie sociale et civile sur lesquels reposent la France, l'Allemagne ou l'Angleterre. De cet ouvrage, on disposait déjà d'une traduction française (Michel Orcel), publiée en 1993 chez Allia. La présente édition vaut néanmoins par son appareil critique, notamment la très longue «Note philologique» de Marco Dondero, si hallucinante de précision qu'elle va, pour étudier la datation, les variantes ou les correspondances avec d'autres écrits léopardiens, notamment le Zibaldone, jusqu'à analyser sur le manuscrit le filigrane du papier, la forme calligraphique de la jambe des «g» ou l'encre utilisée («encre de couleur bure, trait assez appuyé ; utilisée de la ligne 18 du f° 22r à la ligne 14 du f°26r...»). Mais l'événement éditorial, et culturel, est, sans conteste, la traduction, par Bertrand Schefer, du Zibaldone : une première mondiale.

Des extraits du Zibaldone ont été publiés en France. Nul cependant ne pouvait raisonnablement penser ­ aujourd'hui on a presque «tout Leopardi», mais, il y a encore une quinzaine d'années, « le plus grand poète que l'Italie ait connu depuis Dante » reposait dans le plus profond oubli ­ que cette oeuvre immense serait un jour traduite dans son intégralité, parce qu'elle est proprement «intraduisible», et, même dans sa langue, « inqualifiable », incomparable, au sens strict. Du simple mot zibaldone il n'est guère aisé de donner un équivalent : anciennement, il indiquait une boisson faite d'ingrédients divers (se confondant ainsi avec zabaione, sabayon), puis a signifié mélange tout court, salmigondis, et par dérives successives miscellanées, recueil, cahiers. Aujourd'hui, en italien, il évoque avant toute chose... le livre de Leopardi ! Ni un journal, ni des « Cahiers » à la Valéry, mais un « chaos écrit », un entrepôt de la pensée, un labyrinthe, un chantier maritime, une encyclopédie qui au lieu de se fermer en cercle s'ouvrirait tous azimuts, un grenier dans lequel sont rangés tous les matériaux pouvant faire l'objet, plus tard, d'une réélaboration littéraire ou philosophique, un gisement dont il faut des mois, des années pour faire le tour ou sonder les profondeurs, un laboratoire aux dimensions quasiment monstrueuses, qui n'a pas d'équivalent dans la littérature mondiale.

Le poète le rédige à intervalles plus ou moins réguliers de juillet 1817 ­ il a alors 19 ans ­ à décembre 1832. La plus belle saison est celle des années 1820-1823. Leopardi venait d'écrire l'Infini ­ les plus célèbres vers de toute la littérature italienne ­ et rédigeait la plupart de ses «Canzoni», ainsi que les «Idylles» : en 1821, il emplit mille huit cent cinquante-trois pages du Zibaldone, en 1822 trois cent quarante-six, en 1823 mille trois cent quarante-quatre... Même lorsqu'il n'y touchera plus (une demi-page en 1931, une page en 1832), il gardera toujours auprès de lui ce qu'il intitule lui-même le «Zibaldone de mes pensées», qui comprendra au final quatre mille cinq cent vingt-six feuillets. Au soir de sa courte vie, il le confiera à son plus cher ami, Antonio Renieri. C'est sous l'égide d'une commission nationale présidée par le poète Giosue Carducci qu'il sera publié à Florence en 1898, chez Félix Le Monnier, sous le titre Pensieri di varia filosofia e di bella letteratura.

Monaldo Leopardi veillait personnellement à ce que, confiée à un abbé et au chapelain de la maison, l'éducation de ses enfants fût parfaite. Il les soumettait à d'intensifs programmes d'études et contrôlait l'acquisition des connaissances par des «tests» de son invention, ou des jeux de théâtre au cours desquels Giacomo, Carlo et Paolina, sur scène, devant parents ou amis, devaient traiter en latin des questions de rhétorique, de philosophie, de logique, de géographie, de religion ou de géométrie. Comme l'écrira Sainte-Beuve, «le génie philologique se fit jour merveilleusement» chez Giacomo, «à l'âge où les autres en sont encore à répéter sur les bancs la dictée du maître». D'une sensibilité exacerbée, incapable d'insouciance, constamment «tenu» par les exigences de son père, blessé jusqu'à l'humiliation par la répression constante et ouatée qu'exerçait sa mère, pour une prière non dite ou un rire non retenu, Giacomo se réfugie de plus en plus dans ce «merveilleux» que l'on perçoit par l'ouïe ou par la lecture (Zib. 1401). La vie au Palazzo Leopardi, la léthargie de Recanati, «peuplé de gens/ rustres et vils» pour qui «science et savoir/ ne sont que mots étranges», lui apparaissent comme «irréels» et il s'en échappe par une sorte de négation de la négation, en s'enfermant dans un autre monde, fait de rêves, d'ennui, de fantasia, dont la «fausseté» voulue annihilait la «vraie» fausseté.

Il a juste 10 ans lorsqu'il élit domicile dans la richissime bibliothèque de son père : il y travaille sans trêve, « à genoux devant sa petite table, pour pouvoir écrire jusqu'à l'ultime instant, avant que la bougie ne s'éteigne ». De ce voyage au bout de la culture antique («sept années d'études folles et désespérées»), Giacomo ressortira «ruiné», la colonne vertébrale déviée, les yeux presque aveugles : «Je me suis abîmé misérablement et sans remède pour toute la vie, rendant mon aspect tout à fait vilain et hideuse cette partie de l'homme qui est la seule qu'en général on regarde.» A «neuf et neuf soleils», le «bossu de Recanati», que les enfants raillent, est un érudit : il sait le latin, le grec, l'hébreu, le français, l'espagnol, a traduit les Odes et l'Ars poetica d'Horace, les Idylles de Moschos, le premier livre de l'Odyssée, le deuxième livre de l'Enéide, les fragments de Fronton, des extraits de l'Archéologie romaine de Denys d'Halicarnasse, écrit les premiers de ses poèmes, des tragédies, une Histoire de l'astronomie, achevé ses études philologiques sur la Doctrine des hommes illustres d'Hésychios de Milet et sur la Vie de Plotin de Porphyre qui vont bientôt le faire connaître en Europe.

« Traîner sa vie avec les dents »

Giacomo Leopardi quitte pour la première fois Recanati le 17 novembre 1822 et, définitivement, le 29 avril 1830. Il séjournera à Rome, Bologne, Pise, Florence, Milan et, à Naples, où il mourra le 14 juin 1837. Il écrit l'Infini en 1819, rédige les Chants entre 1818 et 1823, puis connaîtra une nouvelle « saison miraculeuse » en 1829, où il compose entre autres le Repos après l'orage, le Samedi du village et le Chant nocturne d'un berger errant de l'Asie, l'une des plus déchirantes expressions du mystère et de la douleur universelle, dont Nietzsche s'inspirera dans la seconde Inactuelle. Toujours souffrant, ne connaissant de l'amour que la déception, ne voyant d'autre bonheur que l'illusion, conscient que jamais ni le regard, ni la voix, ni l'existence elle-même ne peuvent se porter sur la réalité mais seulement l'effleurer dans son irréversible disparition, il n'arrêtera jamais de «traîner sa vie avec les dents».

La manière dont la poétique léopardienne a transposé ou transmué cette présence de Leopardi à sa propre fragilité, lui faisant dire que «tout est néant», n'est pas facile à définir. Son oeuvre a fait l'objet de milliers de lectures, de même que sa pensée philosophique, jamais exposée comme système, a été interprétée en fonction de toutes les clefs possibles, romantique, matérialiste, existentialiste, heideggerienne, marxiste, nihiliste... Nietzsche comparaît Leopardi à Goethe, d'autres ont en fait un Pascal, un Dostoïevski, un Montaigne, un Kierkegaard, un Schopenhauer... Ce qui est sûr, en tout cas, c'est que le «secret» de cette «poésie pensante» et de ce «penser poétisant» se trouve dans le Zibaldone. Tout y est : linguistique, philologie, philosophie, politique, esthétique, science, histoire, histoire littéraire, morale, petites notules, grands développements, art d'être malheureux, désir et «théorie des plaisirs», théorie formaliste de la musique, critique du christianisme, métaphysique de la nature, raison, machiavélisme de la vie sociale, hymne aux illusions, théorie de l'origine du langage, influence du climat sur la moralité des peuples, notes de la vie quotidienne, souvenirs, amour, ennui... Tout y est, mais comme sur un continent dont on aurait perdu toutes les cartes et les pancartes ­ sauf une, qui dirait : vous qui entrez ici, renoncez à trouver une sortie. Si «l'histoire de chaque homme contient toute l'histoire de l'esprit humain», et si Leopardi a fait «précipiter» toutes ses expériences de vie et d'écriture dans le Zibaldone, est-il d'ailleurs souhaitable de chercher une issue ? On ne sait pas ce qu'on découvrirait. Peut-être, comme les génies, «le rapport constant des choses avec l'infini et avec l'homme» ? Peut-être, comme les hommes ordinaires «que rien n'élève jamais», une vie de «plénitude sans substance», menant «de la naissance au tombeau par un chemin tranquille» ? Ou bien, comme «les philosophes et la plupart des hommes de sentiment», armés de la «funeste connaissance des choses», «le néant, le vide, la vanité des occupations humaines, des désirs, des espérances, (...) toutes les illusions de la vie sans lesquelles il n'est point de vie» ?

Giacomo Leopardi arrive à Naples le 2 octobre 1833. C'est là qu'il écrit deux autres de ses poèmes les plus célébrés, le Coucher de la lune et le Gênet.

Et toi, souple genêt,

Qui des buissons odorants

Adorne ses campagnes dépouillées,

Toi aussi tu succomberas vite

A la cruelle force du feu souterrain... (2)

Le climat, au début, lui fait du bien. Antonio Ranieri rapporte sa «folie des sucreries et des glaces». Il s'installe à la villa Ferrigni, sur les basses pentes du Vésuve, entre Torre del Greco et Torre Annunziata. L'hiver, la maison était glaciale.

(1) Giacomo Leopardi, «Le soir du jour de fête», in «les Chants», traduction de Michel Orcel (L'Age d'Homme 1982).

(2) Trad. M. Orcel.

Giacomo Leopardi - Zibaldone. Traduit de l'italien, présenté et annoté par Bertrand Schefer. Allia, 2398 pp. Discours sur l'état présent des moeurs en Italie. Traduction d'Yves Hersant, introduction de Novella Bellucci, édition et notes de Marco Dondero, bilingue. Les Belles Lettres, 130 pp.

Par Robert MAGGIORI - Libération 18 decembre 2003.


Enchère record pour un brouillon de Rousseau

à 96.725 euros chez Sotheby's

Un brouillon autographe d'une des plus importantes lettres du roman "Julie ou la Nouvelle Héloïse" de Jean-Jacques Rousseau a été adjugé 96.725 euros jeudi chez Sotheby's à Paris, soit un record mondial pour un manuscrit littéraire de l'écrivain, a-t-on appris vendredi auprès de Sotheby's.

Dans ce manuscrit (deuxième partie du roman, lettre XXI), qui était estimé entre 40 et 60.000 euros, l'auteur du "Contrat social" décrit en 14 pages les moeurs des Parisiennes modernes. Sur les 163 lettres du roman, seule une dizaine de brouillons sont encore entre des mains privées.

Une second record mondial a été atteint au cours de la même vacation pour une lettre autographe de Catherine II de Russie, vendue 35.625 euros. Dans cette longue lettre, document historique inédit, l'impératrice propose à Frédéric-Guillaume II, roi de Prusse, de s'allier pour écraser une insurrection en Pologne en mars 1794.

Le même jour, deux vacations consacrées à la dispersion de la Bibliothèque du roi Léopold III au château d'Argenteuil ont atteint un total de 261.156 euros, soit 99% vendus en valeur et 95% en lots.

Au total, les trois vacations de cette journée dédiée à des livres et manuscrits a atteint 674.111 euros (93% de vendus en valeur et 94 % en lots), a précisé Sotheby's France.

PARIS (AFP), le 12-12-2003


LES BIBLIOTHEQUES DU DESERT

Recherche est études sur un millénaire d'écrits. Par Attilio GAUDIO ( tragiquement disparu le 12 juillet 2002).

Sous la dénomination de "Bibliothèque du Désert" on a classifié des milliers de manuscrits qui appartiennent à une période allant de l'an 1000 au début de l'ére coloniale.

Ecrits principalement en arabe, ces documents sont l'oeuvre de lettrés, juristes, poètes, philosophes, caravaniers, savants appartenant aux groupes ethniques de traditions nomades ou bien aux populations sédentarisées de ces cités historiques du Sahara et du Sahel telles Smara, Chinguetti, Ouadane, Tichitt, Oualata, Tombouctou.

L'intérêt pour la sauvegarde et la mise en valeur de ces anciens manuscrits est une constante pour le CIRSS, le Centre Internationnal de Recherche Sahariennes et Sahéliennes créé en 1979, dans le cadre des activités de l'Institut International d'Anthropologie (Paris).Nombreux colloques organisés par le CIRSS ont permis aux historiens et aux chercheurs africains de présenter leurs études conduites sur ces précieux témoignages écrits du passé.

Une première mise à jour globale de ces recherches est proposée dans ce volume consacré aux "Bibliothèques du Désert", patrimoine universel de l'humanité.

"LES BIBLIOTHEQUES DU DESERT, recherches et études sur un millénaire d'écrits. Contributions réunies et présentées par Attilio Gaudio." Chez L'Harmattan, octobre 2003, in-8°, 410.pp." ( ISBN 2-7475-1800-0 ) e-mail harmattanI@worldnet.fr

 

(1) Attilio Gaudio, décédé à l'âge de 72 ans, dans un tragique accident de la route survenu aux environs de Brescia au nord de l'Italie. Ethnologue de renommée mondiale, docteur d'Etat ès lettres et sciences humaines. Membre de plusieurs institutions scientifiques et littéraires françaises et italiennes. Il s'était intéressé, très tôt, au Maroc où il était un personnage familier depuis 1947, il fut un avocat inlassable de la marocanité du Sahara. Rares sont les Occidentaux qui connaissent, autant que lui, l'histoire, la généalogie et les aspirations des tribus de tout le Sahara atlantique qu'il avait, à maintes reprises, parcouru.


Vol de livres anciens à la Bibliothèque royale danoise :

trois arrestations

 

COPENHAGUE - La police danoise a arrêté le mois dernier la veuve d'un bibliothécaire danois, son fils et sa belle-fille, soupçonnés de recel à l'étranger de livres anciens, dont des éditions originales de John Milton et Emmanuel Kant, volés dans les années 1960 et 70 à la Bibliothèque royale du Danemark, a-t-elle annoncé mercredi.

Elle a précisé avoir saisi lors de perquisitions au Danemark et à l'étranger quelque 1.600 documents volés, d'une valeur provisoire estimée à 150 millions de couronnes (20,2 millions d'euros), appartenant à la Bibliothèque royale.

"Nous avons arrêté au total quatre personnes jusqu'à présent, qui ont été placées en détention préventive" début novembre, a déclaré à l'AFP un inspecteur de la police criminelle de Copenhague, Henrik Svind, n'excluant pas d'autres arrestations.

Les quatre personnes interpellées ont été inculpées de recel aggravé. Elles sont soupçonnées d'avoir revendu pour 8 à 10 millions de couronnes million d'euros) d'oeuvres dérobées, par l'entremise de plusieurs maisons d'enchères situées hors du Danemark, selon la police.

Celle-ci enquête depuis environ trois mois sur cette affaire, à la suite d'une information de la maison de vente britannique Christie's qui avait signalé à la Bibliothèque royale que des personnes tentaient de vendre des livres de grande valeur disparus de ses rayons.

Les oeuvres volées comptent entre autres des éditions originales des astronomes danois Tycho Brahé et allemand Johannes Kepler, des poètes irlandais Thomas Moore et anglais John Milton, du philosophe allemand Emmanuel Kant et un recueil original du réformateur allemand Martin Luther ainsi qu'une série d'atlas, notamment du Néerlandais Willem Blaeu.

"Nous avons eu une coopération fructueuse avec Christie's, et notre travail a consisté avant tout à mettre la main discrètement sur le plus grand nombre de livres possible dérobés à la Bibliothèque royale", a observé M. Svindt.

L'identité des personnes impliquées a été gardée secrète, sur décision de justice.

Le directeur de la Bibliothèque royale, Erland Kolding Nielsen, a déploré que "cette affaire soit étalée maintenant dans les médias" alors que l'enquête n'est pas terminée.

"Je confirme simplement que les vols se sont arrêtés en 1978, et qu'il n'y avait aucune trace à leur sujet avant cet automne", a-t-il indiqué dans le quotidien Politiken de mercredi.

Selon lui, la veuve d'un chercheur-bibliothécaire, décédé l'année dernière, a tenté de "vendre beaucoup de livres et des premiers tirages".

(©AFP / 10 décembre 2003 17h58)


Double hommage au Goncourt

à la BNF du 9 décembre au 22 février.

La Bibliothèque nationale de France (BNF) expose du 9 décembre au 22 février (site François Mitterrand) le Journal d'Edmond et Jules de Goncourt, à l'occasion du centenaire du prix attribué pour la première fois en 1903 à John-Antoine Nau pour "Force ennemie".

La BNF propose aussi les 10 et 11 décembre deux journées de colloque autour des deux frères et du célèbre prix.

Légué à la Bibliothèque par Edmond de Goncourt, le manuscrit du Journal sera exposé dans son ensemble pour la première fois et formera le centre de l'exposition (entrée libre). Il sera accompagné d'un choix d'oeuvres des Goncourt, de lettres, de portraits et photographies provenant pour la plupart des collections de la BNF.

Outre le manuscrit du premier lauréat, sont également exposés ceux de dix oeuvres couronnées par le prix, dont "A l'ombre des jeunes filles en fleurs" (Proust), "La condition humaine" (Malraux), "Les mandarins" (Beauvoir) etc.

A la mort de Jules, en 1870, Edmond continua le Journal que tous deux tenaient depuis 1851. Le souci d'assurer la naissance de son Académie marque la fin de sa vie. Il puise les futurs membres du jury parmi les admirateurs, disciples et amis qui fréquentent "le grenier" de sa maison d'Auteuil dès 1885. Les différentes versions de son testament, toutes exposées, témoignent de ses hésitations et de ses craintes sur ce jury.

"Les frères Goncourt ont mauvaise presse. Considérés comme réactionnaires, misogynes, antisémites et médisants jusqu'à la calomnie, il ne suffit pas, pour les excuser, de rappeler que Flaubert, Baudelaire et quelques autres ont partagé les mêmes travers. Mieux vaut sans doute les étudier dans leur siècle, explorer le réseau de leurs relations, analyser leurs oeuvres de fiction et leurs critiques d'art, scruter la modernité de leur Journal", expliquent d'autre part les organisateurs du colloque.

Placé sous l'autorité de l'Académie Goncourt, le colloque sera ouvert par Edmonde Charles-Roux, présidente de l'Académie, et Jean-Noël Jeanneney, président de la BNF.

Des spécialistes ( comme Michel Winock ou Marc Fumaroli ainsi que de nombreux universitaires ) participeront aux quatre débats programmés : "Les Goncourt et l'histoire", "Les Goncourt et leurs contemporains", "Arts et spectacles" et "Modernité et décadence".

Le colloque (comme l'exposition) est soutenu par France Loisirs, qui édite par ailleurs "La passion Goncourt" de Pierre Kyria (252 pages, 14,50 euros). Il est organisé avec le concours de l'universitaire et éditeur Robert Kopp (il dirige la collection "Bouquins" chez Robert Laffont).

PARIS (AFP) - 08/12/2003

 


La Bibliothèque d'Alexandrie retire

de ses vitrines un texte antisémite célèbre

Le directeur général de l'UNESCO, Koichiro Matsuura, a protesté contre la Bibliothèque d'Alexandrie qui avait placé dans son exposition des Manuscrits le célèbre pamphlet antisémite du XIXème siècle, les "Protocoles des Sages de Sion". Le directeur de la Bibliothèque a retiré le livre et s'est excusé de cette "erreur de jugement".

L a Bibliothèque d'Alexandrie a retiré de son exposition des Manuscrits la première traduction arabe du plus célèbre pamphlet antisémite du XIXème siècle, les "Protocoles des Sages de Sion", après des protestations notamment de responsables de l'ONU et une polémique dans la presse.

Le directeur de la Bibliothèque Ismail Serageldin s'en est excusé et a expliqué: exposer ce texte "était une erreur de jugement et une preuve d'insensibilité". Une enquête interne a été ouverte pour savoir s'il faut donner une suite à cette affaire, a-t-il ajouté.

Ce texte de propagande antisémite, qui se présente comme le récit d'une conspiration juive pour dominer le monde, est une fabrication de la police secrète de la Russie tsariste, destinée à accuser les juifs de tous les maux de la Russie. Il a donné naissance à la théorie antisémite du "complot juif mondial ".

Ismail Serageldin a aussi démenti que la traduction arabe des "Protocoles" ait été exposée à côté de la Torah, le livre saint du judaïsme, et précisé que les "Protocoles" n'étaient pas présentés comme un livre sacré dans cette exposition. L'ouvrage figurait "dans une vitrine consacrée à des exemples de curiosités et de textes inhabituels dans notre collection", ajoute-t-il.

"La Bibliotheca Alexandrina est profondément engagée dans son rôle de centre d'étude et de promotion de la tolérance, du dialogue et de la compréhension entre les peuples, les cultures et les civilisations", poursuit-il dans son communiqué.

"Un terrible pouvoir comme outil de l'antisémitisme"

Koichiro Matsuura, directeur général de l'UNESCO, l'organisation des Nations unies pour la science, l'éducation et la culture, avait protesté auprès de la Bibliothèque. M. Matsuura comptait dénoncer à nouveau les "Protocoles" au cours d'un séminaire à Venise, à l'occasion des 100 ans de leur créations.

Malgré les multiples réfutations, ce livre "continue à exercer son terrible pouvoir comme outil de l'antisémitisme", écrit le directeur de l'UNESCO dans un projet de discours pour cette conférence, obtenu par l'Associated Press.

Youssef Ziedan, directeur du Centre des manuscrits de la Bibliothèque, chargé de cette exposition, ouverte exclusivement aux chercheurs, a dit ne pas s'être attendu à ce que l'affaire fasse autant de bruit. "Mon avis professionnel est que c'est un livre idiot. Sa seule signification est que c'est la première édition arabe d'un livre qui a fortement influencé la mentalité arabe". Cette vitrine, dont le contenu change tous les mois, inclut aussi des livres politiques interdits et des ouvrages controversés, a-t-il ajouté, estimant que le retrait était dû à des "pressions juives".

Feuilleton télévisé

La Bibliothèque moderne, qui a ouvert l'année dernière, se veut l'héritière de l'antique bibliothèque alexandrine, phare du savoir et de la science, détruite dans un gigantesque incendie en 48 avant JC.

L'an dernier, les "Protocoles" avaient déjà été au centre d'une polémique en Egypte.

Israéliens et Américains avaient protesté contre un feuilleton racontant l'histoire d'un journaliste qui cherchait à vérifier si ce texte était un véritable document juif. Suite à ces plaintes, la télévision précisait lors de la diffusion que les "Protocoles" étaient une fabrication. AP

© Le Nouvel Observateur 2003 - 07/12/03


 

Vatican-bibliothèque. Une " découverte exceptionnelle ".

 

CITE DU VATICAN, 5 déc (AFP) - "Découverte exceptionnelle" à la Bibliothèque du Vatican

Une "découverte exceptionnelle" a été faite dans la Bibliothèque du Vatican où ont été retrouvés deux cents vers inédits du poète grec Ménandre, a annoncé vendredi par l'Osservatore Romano.

Les vers ont été découverts par un jeune spécialiste italien de manuscrits grecs, Francesco D'Aiuto, et représentent un véritable petit trésor pour les historiens de la littérature ancienne, selon le quotidien du Vatican.

Il s'agit de quelques fragments d'une oeuvre du poète comique Ménandre, contemporain d'Epicure, qui a vécu à Athènes au 3ème siècle avant Jésus Christ.

"Le texte n'a pas été trouvé au cours d'une campagne de fouilles dans les déserts égyptiens", où la plus grande partie des textes de Ménandre a été retrouvée au cours des cent dernières années, "mais dans les salles austères de la Bibliothèque des papes", précise l'Osservatore Romano.

Le spécialiste italien a découvert les vers de Ménandre, effacés mais encore lisibles, sur un parchemin "palimpseste", c'est-à-dire recyclé par un moine syrien-palestinien du 9ème siècle qui avait recopié dessus des homélies chrétiennes.

Il n'a pas encore été possible de déchiffrer le texte tout entier et d'établir s'il s'agit d'une comédie de Ménandre non encore connue. Mais les personnages - une jeune femme, un nouveau-né " fruit probable d'une violence " et une vieille femme - sont typiques des comédies du poète.

La Bibliothèque du Vatican, l'une des plus prestigieuses et anciennes institutions culturelles du monde, a été fondée par le pape Niccolo V il y a six siècles. http://www.vaticanlibrary.vatlib.it/ ( Sachez qu'elle renferme plus de 1 600 000 livres, 8300 incunables, 150 000 manuscrits, 300 000 pièces de monnaie ainsi que des médailles et plus de 100 000 imprimés et estampes).

Sur 15.000 mètres carrés de couloirs, elle abrite quelques 150.000 manuscrits et codes enluminés, dont des textes de Martin Luther, de Léonard de Vinci, d'Erasme, de Catherine de Médicis, de Mozart, de Voltaire et de Napoléon.

La Croix - 05-12-2003 http://www.la-croix.com/afp/index.jsp?docId=1064700&rubId=1295


Les livres d'Argenteuil : une bibliothèque… royale

Une bibliothèque royale recèle parfois bien des trésors. Pour les amateurs de beaux livres mais aussi pour les passionnés d'Histoire. A fortiori quand il s'agit de celle de feu le roi Léopold III et de la princesse Lilian…

CHRISTIAN LAPORTE

A n'en pas douter, il y aura de belles affaires à réaliser ce jeudi 11 décembre (1), à la Galerie Charpentier, rue du Faubourg Saint-Honoré, 76 dans le 8e arrondissement de Paris à l'occasion de la vente par Sotheby's d'une partie de la bibliothèque du domaine d'Argenteuil.

En feuilletant le catalogue, c'est, évidemment l'Histoire nationale qui défile sous nos yeux mais pas uniquement car notre troisième souverain se doublait d'un homme curieux qui avait aussi un goût aiguisé pour les belles lettres. Et pour les documents rares. Un amour largement partagé, on doit le souligner, par sa seconde épouse.

Patrimoine de la dynastie

Un espoir : que parmi les plus offrants se retrouvent aussi des mandataires de l'Etat belge car il serait vraiment dommage de voir filer à l'étranger ou voir privatisés certains ouvrages ou manuscrits de bien plus grande valeur sentimentale pour le passé de ce pays que celle estimée par Sotheby's.

En s'installant à la lisière de la forêt de Soignes en 1960, Léopold III et Lilian avaient aussi emporté une partie du patrimoine livres que de la dynastie, réuni surtout par Philippe, comte de Flandre, le grand-père de Léopold III. Des ouvrages historiques ou relatifs à la Belgique mais également de littérature plus classique. Des lots qui valent autant par la forme que par le fond.

Il va de soi que les livres personnels de Léopold III s'y taillent la part du lion. Avec des ouvrages officiels relatifs à la vie administrative ou militaire mais aussi une impressionnante collection de livres relatifs à des expéditions ou tout simplement des écrits qui ont fait date et que leurs auteurs avaient adressés avec une dédicace toute personnelle au souverain. Citons, par exemple, un lot de quatre ouvrages du grand égyptologue Jean Capart mais aussi nombre de récits de Paul-Emile Victor, Gaston de Gerlache ou encore Jacques Piccard. En bonne place aussi, les grands livres d'Histoire de la dynastie… Pirenne, d'Henri à Jacques-Henri Pirenne. Un lien réel unissait en effet la famille du grand historien à la dynastie belge. Parmi les pièces rares, signalons encore un livre que l'on dit rarissime de Lord Mountbatten et une autobiographie dédicacée de Gandhi.

Plus surprenant entre ces livres d'Histoire et ces mémoires, un manuel de pêche et d'autres guides de la mer et des poissons mais le roi Léopold III ne fut pas le seul pêcheur de la famille : les albums privés de Baudouin Ier montrent que celui-ci n'hésitait pas non plus à l'occasion à taquiner les êtres marins… dans les domaines royaux. Si d'aventure, vous étiez un fan d'Haroun Tazieff, on vous recommandera plutôt les six (!) livres dédicacés par le vulcanologue au Roi…

Des livres d'Astrid

Surprise : les livres personnels de la reine Astrid seront également mis en vente avec, entre autres, un magnifique cabinet de littérature suédoise offert par la ville de Göteborg à l'occasion de son mariage avec le prince Léopold. Un cadeau de mariage qui aligne des œuvres de Strindberg, Rydberg, Lägerlof, Fröding ; soit quelque 128 volumes évoquant un temps fort de la monarchie belge… A noter, enfin, une série d'ouvrages provenant de la collection personnelle de la princesse Lilian. Une manière de retrouver par l'écrit quelques-unes de ses grandes passions comme la faune africaine mais aussi la chasse. Parmi les autographes célèbres, ceux de Colette mais aussi de Raoul Follereau dont on sait qu'il soutint le combat contre la lèpre.

Et, last but not least, l'Histoire finit toujours par rattraper ses acteurs : on y mettra aussi en vente un exemplaire unique, relié, sur les travaux de la commission d'information instituée dès le lendemain de la Seconde Guerre par Léopold III…·

(1) Outre la bibliothèque d'Argenteuil, la vente concernera aussi une collection de livre de numismatique. L'on pourra voir les lots, du lundi 8 au mercredi 10 décembre inclus, chaque fois de 10 à 18 h. Renseignements : 0033.1.53.05.53.05.

Le Soir du jeudi 4 décembre 2003

© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne, Bruxelles, 2002


Record pour Montaigne chez Sotheby's (Paris)

La vente de la collection de livres dédiée à "Michel de Montaigne et son temps", constituée par Francis Pottiée-Sperry, a suscité des passions bibliophiles jeudi chez Sotheby's, le produit total dépassant largement les estimations à 1.926.807 euros (frais inclus).

Les 157 lots de la collection du chirurgien disparu en 2002, qui associait des éditions originales des "Essais", des traductions et des auteurs lus par Montaigne (1533-1592), ont tous trouvé preneurs, ce qui a permis au commissaire priseur Alain Renner d'honorer la tradition en enfilant ses gants blancs à l'issue de la vente.

Lire et Imprimer les résultats de la vente.

Celle-ci a démarré sur les chapeaux de roues, cinq des dix meilleures enchères de la vacation ayant été enregistrées dans la première demi-heure.

Le lot vedette, un précieux exemplaire de l'édition originale de 1580 des "Essais" de Montaigne, conservé dans sa reliure en velin d'époque, a été adjugé 337.875 euros (frais inclus), dépassant de 50% son estimation haute.

Cette vente constitue le deuxième record mondial pour une oeuvre imprimée de littérature française, après une édition originale de "Du côté de chez Swann" de Marcel Proust enlevé 340.342 euros en décembre 2001, également chez Sotheby's France.

Contenant les deux premiers "Livres" des "Essais", cet exemplaire de l'un des plus grands textes de la littérature mondiale, publié à Bordeaux chez Simon Millange, est l'un des trois ou quatre connus en mains privées. Il a été acheté par le libraire Patrick Sourget, installé à Chartres.

Ce dernier s'est également porté acquéreur pour un client collectionneur, d'un rare recueil réunissant des textes poétiques de Marot et Villon, qui a presque triplé son estimation haute, à 249.875 euros.

Libraires et particuliers européens présents dans la salle se sont également disputés âprement deux livres ayant appartenu à Montaigne et porteur de son ex-libris, provenant de la fameuse "librairie" de l'écrivain, qui, selon son témoignage, comptait un millier de volumes et dont on ne connaît aujourd'hui qu'une centaine.

Les "Commentaires de la Guerre des Gaules de César" (1543), offert par Pierre Eyquem de Montaigne à son fils Michel âgé de 16 ans, s'est ainsi envolé à 216.875 euros, soit près du double de son estimation haute.

Adjugé 128.875 euros, un exemplaire dans la première reliure en velin du "Förster" (1565), un des rares livres de droit acquis par l'écrivain, a été préempté par la bibliothèque de Bordeaux, qui a également acheté un dessin représentant une vue du château de Montaigne (3.600 euros).

Parmi les autres lots vedettes de la vente, un exemplaire du "Discours d'Ambroise Paré (...) à savoir de la mumie, des venins, de la licorne et de la peste" (1582), a été enlevé 74.400 euros, tandis qu'une première édition collective des "Oeuvres" de Rabelais de 1553, comprenant Gargantua, Pantagruel, le Tiers Livre et le Quart Livre, en reliure parisienne en veau fauve de l'époque atteignait 68.525 euros.

Oeuvre d'une vie perpétuellement retravaillée par son auteur, les "Essais" ont naturellement remporté un franc succès : une édition de 1587 en reliure de velin d'époque a été vendue 52.075 euros, la première édition posthume de 1595 donnée par Mlle de Gournay, seul exemplaire en mains privées, 49.725 euros et un éxemplaire de 1582,également en reliure d'époque, 48.550 euros.

AFP - 27/11/2003 21h13


Un exemplaire de l'édition originale de 1580 des Essais de Montaigne, conservé dans sa reliure en vélin d'époque, a été adjugé 300 000 euros (hors frais) hier, lors d'une vente consacrée à l'écrivain, chez Sotheby's à Paris. Ce livre, est l'un des trésors de la collection de Francis Pottiée-Sperry, un chirurgien du Touquet décédé l'an dernier. Contenant les deux premiers Livres des Essais, cet exemplaire, publié à Bordeaux chez Simon Millange, était estimé entre 150 et 200 000 euros.

Estimée entre 800 000 et 1,2 million d'euros, la collection compte 158 lots et associe des éditions originales des Essais, oeuvre sans cesse retravaillée par l'écrivain et les auteurs qu'il lisait, tous volumes en reliures d'époque.

Le Figaro - 28 novembre 2003


La fabuleuse collection du docteur Pottiée-Sperry

dispersé chez Sotheby's, a battu des records.

Un précieux exemplaire de l'édition original de 1580 des Essais de Montaigne a été adjugé 300.000 euros. C'était le fleuron de la collection du docteur Francis Spottiée-Sperry, chirurgien , grand admirateur de Montaigne au point d'avoir voulu être inhumer, en 2002, dans le petit cimetière de Saint-Michel de Montaigne en Dordogne.

Une passion littéraire

Le futur chirurgien qui avait découvert l'écrivain à l'adolescence était devenu un montaigniste inconditionnel.

Admirateur de l'oeuvre de l'écrivain et homme politique gascon dont il connaissait des passages entiers par coeur, Francis Pottiée-Sperry collectionna également ses écrits. Il parcourait le monde à la recherche des éditions les plus rares des Essais, il possedait ainsi un exemplaire original de 1588. In fine, il fut à la tête d'une extraordinaire collection, celle que Sotheby's s'est chargé de disperser. Elle était estimé entre 800.000 et 1,2 millions d'euros. Les premières adjudications indiquent que le gain final sera bien plus élevé.

France3 Aquitaine -27/11/03

  


La Fondation Bodmer ouvre ses entrailles

Le musée souterrain du livre, construit par Botta à Cologny, s’inaugure aujourd’hui.

Vendredi 21 novembre. La presse est réunie dans l’un des deux pavillons édifiés dans la propriété de la Fondation Martin Bodmer, chemin du Guignard à Cologny. Il s’agit comme dans la Bible d’annoncer la bonne nouvelle. Ce temple de la bibliophilie rouvre ses portes, après quatre ans de repos forcé. Grâce à la vente d’un précieux et donc coûteux dessin de Michel-Ange, Mario Botta a pu éventrer le sol de la cour pour y installer deux étages de musée.

Ils sont beaucoup à parler en préambule. Martin Bircher, bien sûr, puisqu’il est l’actuel directeur de la Fondation. Charles Beer vient cependant apporter le soutien de l’Etat à une institution se tournant davantage vers le public que par le passé. Jean Murith, qui s’occupe non seulement des morts mais aussi des vivants, souligne l’effort de Cologny, dont il est le maire. André Hurst apporte enfin le poids de l’Université, qu’il préside. "Ma dette envers les manuscrits grecs de la Bodmeriana reste immense", confesse cet helléniste forcément distingué.

Des choix douloureux

Le public peut alors quitter le décor très buffet de gare années 40, avec ses panneaux marquetés et ses fresques de Walser, afin de plonger dans les nouveaux locaux, dont l’entrée se trouve déjà en sous-sol. Mario Botta, qui vient de débarquer toutes lunettes dehors, explique ses intentions révolutionnaires. Il s’agit en fait d’une nouvelle version de son Centre Dürrenmatt à Neuchâtel. Terrasse plongeant sur le lac, atmosphère de crypte pour ne pas dire de catacombe , tout se révèle dans le même esprit. Même les fauteuils de rotin, baptisés Charlotte en hommage à la veuve Dürrenmatt, ont été réutilisés. Parler d’"audace", comme le fait Metin Arditi, président de la Commission de construction, semble donc un brin exagéré.

Ces entrailles de la terre, aux fonds de vitrines noirs et au murs chocolat foncé, abritent 237 objets, ou artefacts pour employer un terme pédant. Douloureux, le choix a pris un an. La Bodmeriana abrite en effet 160 000 volumes imprimés, manuscrits ou objets d’art en rapport avec la littérature. "Mario Botta a voulu des livres qui volent", explique Charles Mélia, président du Conseil de Fondation. Cela signifie que les ouvrages, dont le papier blanc troue la nuit, ne sont que peu nombreux par cage de verre. L’impression donnée est aérienne, certes, mais aussi un peu vide.

Cinq piliers de base

Des fossiles préhistoriques, qui préoccupaient Martin Bodmer au moment de sa mort en 1971, à Louis Aragon, le parcours se révèle immense. Né à Zurich en 1899, l’homme possédait une curiosité presque universelle. L’ensemble, qu’il a réuni à partir de ses 16ans avec des moyens financiers considérables, suit cependant certaines lignes. Tout d’abord, en bon germanique, Bodmer s’était fixé cinq piliers solides: la Bible, Homère, Dante, Shakespeare et Goethe. Sa recherche est ensuite allée par capillarité jusqu’à des auteurs moins intimidants, avec une préférence pour la "première pensée". En écriture, ce serait le manuscrit, en art le dessin.

Jusqu’à sa mort à Genève, où il s’était installé en 1939, cet enfant de bonne famille n’a cependant pas joué aux esthètes. Il y a bien sûr des manuscrits médiévaux enluminés, des gravures superbes, des exemplaires impeccables ou de belles reliures. Mais l’essentiel réside ailleurs. Bodmer était une sorte d’intégriste du texte. Il lui fallait se rapprocher de sa source: brouillons, éditions originales, papyrus. En complétant l’ensemble avec une acquisition récente comme les épreuves raturées d’A la recherche du temps perdu, la Fondation se situe ainsi dans la lignée du maître.

Temple du savoir

Tout au long du parcours, dans une immense salle sur deux niveaux éclairées par cinq puits de lumière grâce à Botta, le visiteur a beau tenir le Guide du musée. Il se sentira perdu s’il n’a pas le minimum de connaissances de départ. En un temps où Star Academy sert de référence culturelle, il semble certes rassurant de voir s’ouvrir un lieu voué à la culture pure et dure. Un temple du savoir. Il s’agit cependant, au propre comme au figuré, d’un musée. L’amateur ne dépassera pas les années 1960. Aucune section contemporaine n’est prévue. "Nous nous arrêtons quand l’ordinateur commence", explique Martin Bircher. Les belles lettres appartiendraient-elles au passé ?

Fondation Martin Bodmer, ouvert du mardi au dimanche de 14 à 18 heures. 19-21, route du Guignard, tél. 022 707 44 33, Site www.fondationbodmer.org

© Tribune de Genève - Lundi 24 novembre 2003 - ÉTIENNE DUMONT

 


500.000 pages de manuscrits historiques sur un site internet tchèque

PRAGUE, 10 nov (AFP) - Quelque 500.000 pages de manuscrits historiques, dont certains datant des XIIIe et XIVe siècles, sont désormais disponibles sur un nouveau site internet ( www.memoria.cz ) ouvert par la Bibliothèque nationale tchèque, a annoncé lundi un responsable du projet, Adolf Knoll.

Le projet baptisé Memoria, subventionné par le ministère tchèque de la Culture, doit mettre à la disposition des historiens et autres chercheurs une large sélection de documents historiques conservés dans une vingtaine de bibliothèques en République tchèque, a-t-il précisé.

La plupart des manuscrits concernés proviennent des milieux universitaires et religieux.

Une opération de numérisation systématique des manuscrits sélectionnés, provenant notamment des pays d'Europe centrale, avait été lancée par la Bibliothèque nationale tchèque en 1996, après l'achèvement d'une phase d'essai entamée en 1992-93, a indiqué M. Knoll.

Un projet parallèle, intitulé Kramerius du nom de Vaclav Matej Kramerius (1753-1808), fondateur en 1789 du premier journal en langue tchèque, permettra avant la fin de l'année de consulter sur l'internet quelque 1,2 million de pages de journaux publiés au XIXe siècle en tchèque et en allemand sur le territoire du pays qui faisait alors partie de l'Empire austro-hongrois, selon le responsable.

PRAGUE, 10 nov (AFP)


Ouverture de la plus grande bibliothèque numérique en chinois du monde 

BEIJING, 09/11/2003 - La plus grande bibliothèque en chinois dans le monde, une banque de données contenant plus de 12 millions de documents, soit 25% des ressources d`informations publiques de Chine, a vu le jour samedi dans la capitale chinoise.

La bibliothèqe numérique vise à rendre possible l`accès des lecteurs à 80% des ressources intellectuelles chinoises par Internet d`ici trois ans. Il réunit des informations en provenance des ressources électroniques et des périodiques, journaux, livres, thèses dans les domaines tels que les sciences naturelles, l`ingénierie et les sciences sociales.

Le plus remarquable caractère de cette banque de données est qu`il offre des services efficaces et professionnels aux lecteurs dans la recherche d`informations d`intérêt, a dit Pan Longfa, président de la maison d`Edition électronique du Quotidien académique de Chine.

La bibliothèque numérique a été mise au point conjoitement par cette maison et par Tsinghua Tongfang Optical Disc Co. Ltd.

"Au cours de la construction de cette bibliothèque, nous avons mis l`accent sur la protection des droits de la propriété intellectuelle et payé plus de 31 millions de yuans (3,73 millions de dollars) aux auteurs à ce sujet", a poursuivi Pan.

Une enquête menée au mois de juin dernier par l`Administration de la Presse et de la Publicatin de Chine révèle que les informations à l`Internet n`incluaient que 15 millions de documents scientifiques, économiques, culturels et éducatifs, à savoir 40% des documents publiés en Chine et que 150 000 livres ont obtenu des droits d`auteur légitimes sur Internet, soit seulement 5% du total disponible sur le marché intérieur.

Angola Press 09/11/2003


Les tortueux chemins de croix de deux

manuscrits liégeois.

C’est une historienne américaine qui, en 1993, a sonné le tocsin, prévenant le conservateur du Musée liégeois d’art religieux et d’art mosan, le Maram, chez qui l’œuvre était en dépôt depuis une dizaine d’années : un des feuillets de la bible de Léau, prévenait Judith Oliver, venait d’être vendu 13.000 livres sterling (18.200 euros) chez Christie’s. Pour le dépositaire de la bible manuscrite et pour la bibliothèque du Séminaire de Liège, qui en reste propriétaire, c’est la stupéfaction : personne ne s’était aperçu qu’une page, au moins, de cet incunable du XIIIe siècle avait été volée. Immédiatement, les Liégeois enjoignent à la salle de vente londonienne de prendre toute mesure de sauvegarde à l’égard de la précieuse enluminure. Tandis que Bruce Ferrini, l’acheteur américain, dénonce la vente. Ce collectionneur n’est pas n’importe qui : propriétaire d’une galerie à Akron, dans l’Etat d’Ohio (Etats-Unis), il est un spécialiste incontesté de la littérature médiévale et renaissante. Fortuné, il assoira sa notoriété et sa respectabilité quelques années plus tard en léguant, avec son épouse Pamela, en hommage à leur fils de 21 ans décédé quelques mois plus tôt, 6,8 millions de dollars à la Kent University pour qu’elle puisse intensifier ses recherches sur l’évolution humaine. Légende locale, Bruce Ferrini tient à sa réputation, il le fait savoir à Christie’s qui décide donc de retenir ce manuscrit volé on ne sait quand par on ne sait qui. Le quand, le comment, le pourquoi : autant de points d’interrogation qui, à l’été 1993, sont soumis aux enquêteurs liégeois. C’est que la bible de Léau n’est pas de ces ouvrages écornés que l’on peut feuilleter sur le marché dominical de Tongres : rédigée au XIIIe par des chanoines liégeois exilés à Léau ( aujourd’hui Zoutleeuw, en Brabant flamand ), elle représente l’un des rares témoignages de l’enluminure telle qu’on la pratiquait dans le diocèse de Liège à la fin du Moyen Age.

Lettrines et miniatures rapportent un usage remarquable de la couleur et de la dorure à la feuille. C’est une des pièces maîtresses de notre collection de livres anciens, admet Yves Charlier, le conservateur de la bibliothèque du séminaire. Cet ouvrage a été prêté pour de nombreuses expositions, peut-être est-ce à l’occasion d’un de ces déménagements que des pages ont été arrachées… Et s’il n’y avait eu, en 1993, la perspicacité d’une historienne américaine, peut-être personne ne se serait-il jamais aperçu que le manuscrit avait été amputé de deux feuillets. En 1972, préparant une étude sur les manuscrits du XIIIe dans le diocèse de Liège, j’ai longuement analysé cette Bible, se souvient Judith Oliver, aujourd’hui professeur d’histoire de l’art à l’université Colgate, à New York. Il y a dix ans, j’ai reçu de Bruce Ferrini la photocopie d’un feuillet enluminé qu’il avait acheté chez Christie’s. Il s’agissait de la première page du « Livre de Judith », je l’ai immédiatement reconnue et j’ai alerté Albert Lemeunier, conservateur du Maram. Mais les Liégeois ne sont pas au bout de leurs surprises : en vérifiant l’intégrité de la bible, ils constatent qu’un second feuillet, celui qui ouvre le Lévitique, leur a également été subtilisé.

Sur les traces de Judith. Judith fut laissée seule dans la tente avec Holopherne effondré sur son lit, noyé dans le vin (…) Elle s’avança vers la traverse du lit proche de la tête de Holopherne, en détacha son cimeterre, puis s’approchant de la couche saisit la chevelure de l’homme et dit « Rends-moi forte en ce jour, Seigneur, Dieu d’Israël ! » Par deux fois elle le frappa au cou et détacha sa tête. (Judith, 13, 2-8). Puisque le premier feuillet a été localisé, c’est vers Christie’s que se tournent d’abord les enquêteurs. La salle de ventes les renvoie vers Francesco Radaeli, un Milanais de 58 ans qui a traversé les Alpes et s’est établi à Lugano. Où il a créé à la fin des années 80 une librairie spécialisée dans le négoce des livres anciens. Il faudra pourtant attendre 2001 pour que ce bibliophile soit entendu par la police du canton de Tessin et que sa bonne foi soit établie. C’était au printemps 1993, se souvient Francesco Radaeli. M. de Polo, que je connais depuis plusieurs années, m’a chargé de mettre en vente divers objets lui appartenant. Parmi ces objets, figurait la page de la Bible en question. Le marchand n’aurait appris qu’en novembre de la même année que la transaction, sur laquelle il devait percevoir une commission de 2 % environ, était viciée. Et quand les enquêteurs, s’étonnant sans doute que ce spécialiste n’ait rien soupçonné, lui demandent s’il est courant de trouver dans le commerce des pages volantes se rapportant assurément à un livre ancien, Francesco Radaeli admet que c’est chose fréquente et que ce l’était plus encore par le passé. Le commanditaire de Radaeli est facilement retrouvé : cultivé, épris d’art et de littérature, Claudio Saibanti de Polo est le directeur général de Fratelli Alinari, un des plus anciens et des plus grands fonds photographiques du monde, créé il y a plus de 150 ans, et partenaire de musées réputés tels que le Louvre à Paris, le musée Capodimonte à Naples, l’Hermitage à Saint-Pétersbourg… Récemment, les responsables de la maison d’édition ont même signé un accord avec Corbis, une des sociétés de Bill Gates, pour une numérisation et une plus large diffusion de leur patrimoine iconographique. Claudio Saibanti ne cache pas avoir été le propriétaire de cette miniature représentant Judith et sa servante levant une épée pour trancher la tête d’Holopherne, général assyrien, lors du siège d’Israël. Factures à l’appui, il explique l’avoir acquise, en même temps que d’autres antiquités, douze ans plus tôt chez un antiquaire de Zurich. Lequel l’aurait obtenue d’un collègue parisien. Des devoirs d’enquête ont effectivement été effectués à Lugano et à Zurich, avec toutes les difficultés que cela suppose puisque la Suisse ne fait pas partie de l’espace Schengen, confirme Véronique Melot, la substitut liégeoise qui a repris et dépoussiéré le dossier. Le galeriste de Paris a lui aussi été interrogé mais il affirme que la plupart de ses archives ont disparu, nous sommes dans une impasse. Reste que, dix ans après que le vol ait été constaté, l’espoir de voir l’enfant prodigue rentrer au bercail reste vif : Nous sommes toujours en possession du feuillet manuscrit, rassure-t-on chez Christie’s. Nous attendons des instructions de la Justice belge…

A la recherche du Lévitique. Le huitième jour il prendra deux agneaux sans défaut, une agnelle d’un an sans défaut, trois dixièmes de fleur de farine pétrie à l’huile, pour l’oblation, et une pinte d’huile. (Lévitique, 14, 10). La restitution du second feuillet signé par les moines de Léau est, elle, malheureusement plus hypothétique. Les enluminures sont d’aussi grande qualité que celles qui vivifient le livre de Judith. Elles représentent cette fois trois agneaux prêts à être sacrifiés devant un autel. Alors qu’on avait craint ce feuillet disparu à tout jamais, recelé par un collectionneur peu scrupuleux, voire détruit ou égaré, il réapparaît subitement il y a un peu plus d’un an sur un étal de la foire aux antiquaires de Maastricht, soit à une trentaine de kilomètres seulement du lieu de sa disparition. En mars 2002, je suis allé au Mecc de Maastricht le dernier jour du Salon, se souvient Albert Lemeunier, conservateur du Maram. Sur le stand d’un antiquaire allemand, j’ai formellement reconnu la page portée manquante du Lévitique. Une étiquette mentionnait erronément un manuscrit du XIIIe provenant du nord de la France (…). J’ai demandé le prix, c’était 20.000 euros. Je n’ai pas interpellé le vendeur, je ne voulais pas lui mettre la puce à l’oreille. La manœuvre a réussi au-delà de toute espérance puisque ce jour-là, sitôt refermées les portes du palais des expositions de Maastricht, Jorn Gunther, spécialiste incontesté des autographes et des manuscrits officiant à Hambourg, a rejoint le nord de l’Allemagne avec sa précieuse marchandise. Ne soupçonnant pas le relatif émoi qu’il a provoqué dans l’ancienne cité épiscopale, il conservera la miniature encore longtemps, en publiant des fac-similés dans son catalogue et la renseignant, dans une base de données consultable sur on site web, comme une illustration de Moïse procédant à un sacrifice devant un autel. En juillet 2002, Judith Oliver, cette Américaine qui, neuf ans plus tôt, avait déjà interpellé les Liégeois sur la dispersion de leur patrimoine, découvre à son tour, en feuilletant un des catalogues de Jorn Gunther, que la page du Lévitique est à Hambourg, qu’il suffirait de tendre la main. Mais rien n’y fait, aucun contact n’est pris avec le galeriste. Nous avons joint nos confrères allemands, mais ils font la fine bouche, pour des questions juridiques, et la commission rogatoire n’a pas encore pu avoir lieu, reprend la substitut Véronique Mélot, en précisant : S’il le faut, nous ferons appel aux officiers de liaison avec lesquels nous travaillons en Allemagne. Mais il est sans doute déjà trop tard et, si collaboration internationale il doit y avoir, ce sera vraisemblablement avec d’autres corps de police que les enquêteurs hambourgeois. Car si Jorn Gunther confirme avoir été en possession d’un manuscrit ressemblant de manière troublante à celui que revendiquent les Liégeois, il dit aussi l’avoir revendu voici plusieurs mois à un marchand londonien, qui s’en serait à son tour séparé au profit d’un collectionneur privé qui désire rester anonyme. Nous avons identifié le supposé intermédiaire britannique, il s’appelle Sam Fogg, omniprésent spécialiste des manuscrits et des textes anciens. C’est notamment lui qui, en 2002, a vendu pour le compte d’un tiers un tableau inédit de Rubens titré « Le massacre des innocents ». Peinte entre 1609 et 1611, cette œuvre qui représente le massacre des enfants juifs ordonné par le roi Hérode, a été adjugée 76,7 millions de dollars – dix fois son estimation basse. Elle est devenue le tableau ancien le plus cher jamais vendu aux enchères. La même année, le même antiquaire, interlocuteur privilégié des commissaires priseurs, avait vendu un atlas arabe, datant de la fin du XIe ou du début du XIIe , pour la somme de 400.000 livres sterling, à l’université d’Oxford. Mais je n’ai jamais eu ce manuscrit liégeois, se défend-il, s’étonnant du témoignage de son collègue allemand. Ce dernier pourtant n’en démord pas, le Lévitique a bel et bien traversé la Manche. Et lui même l’aurait acquis, lâche-t-il pour clôturer la discussion, auprès d’un collectionneur, Signore de Polo Saibanti. Ce dernier aurait donc, de bonne foi, été en possession des deux manuscrits bibliques volés à Liège. Par quel biais ? De qui les a-t-il obtenus ? Les voies du seigneur sont décidément difficilement pénétrables, même pour la Justice.•

Le Soir 30 octobre 2003 - JOËL MATRICHE. - http://www.regions.be/Regions/Liege/page_4299_160875.shtml


Heureux qui comme Ulysse... Capitaine

Au coeur de la bibliothèque des Chiroux, la salle Ulysse Capitaine contient toute la mémoire de Liège (Belgique). Une trentaine de fonds rares et précieux alimentent les collections. Plus de 500000 documents concernent la vie quotidienne.

Une grande pièce très claire, des rayonnages aux livres sagement rangés, de longues tables sur laquelle de grands lutrins soutiennent des livres ouverts, des chaises, quelques vitrines. Rien de luxueux, tout est fonctionnel. Ici, l'important n'est pas le contenant. Aujourd'hui, une pluie attendue depuis longtemps fouette violemment les vitres, ce qui ajoute encore à l'impression feutrée du lieu. On a envie de s'asseoir à une table et de puiser à bras que veux-tu dans les livres dont certains possèdent des reliures qui font rêver. Plusieurs personnes sont penchées sur leur butin littéraire qu'elles étudient minutieusement en prenant des notes.

Nous sommes dans le Département Patrimoine de la Bibliothèque des Chiroux à Liège, dans la salle Ulysse Capitaine. Le nom est celui d'un industriel liégeois du XIXe siècle. Grand collectionneur et bibliophile, il avait, à sa mort en 1871, légué sa superbe bibliothèque à la ville de Liège. Ce legs contient des livres, documents, journaux, parchemins, (plus de 10000 documents) liégeois du XIIIe siècle au XIXe siècle. C'est le fonds le plus important de tous ceux que possède le département. D'où le nom donné à la salle.

«Gazette de Liége» du XVIIIe

M.Jean-Pierre Rouge, bibliothécaire-directeur des Chiroux précise: «L'ensemble des collections patrimoniales contribue à former l'image identitaire de Liège, aussi bien dans son histoire que dans son présent. Nous ne conservons pas uniquement les livres et documents du passé. Il y a dans tout fonds patrimonial une notion d'héritage, de pérennité et de valeur.» On notera d'ailleurs que les collections le plus souvent consultées sont celles des journaux. Elles continuent à être quotidiennement alimentées. On peut par exemple consulter non seulement toutes les «Gazette» depuis 1840, date de la création de l'actuel journal, mais aussi des «Gazette de Liége» qui remontent au XVIIIe siècle. Compte tenu de la transformation du vieux journal liégeois dans les pages de «La Libre Belgique», on ne conserve aujourd'hui le quotidien national, dans les collections patrimoniales liégeoises qu'en tant que continuité de la «Gazette de Liége».

«Actuellement, dit Jean-Pierre Rouge, les collections du département patrimoine comportent plus de 500000 documents (dont 150000 sont répertoriés et catalogués), soit un ensemble documentaire unique dans notre région. Pour assurer la continuation de notre «fonds patrimonial», la Ville consacre annuellement une somme de +/- 50000 euros pour des achats (souvent en vente publique) et 7000 euros pour la conservation (restauration, reliure, scannage).»

Un site idéal

Depuis 1859, des documents sont réunis dans la bibliothèque communale qui a connu divers lieux avant la construction des Chiroux en 1970. Aujourd'hui, l'emplacement des Chiroux, pratiquement entre le séminaire et l'université, est bien pratique pour les chercheurs. «Nous nous sentons bien chez nous, déclare M.Robert Gérard, chef de Bureau bibliothécaire, responsable de la Salle Ulysse Capitaine. Nous disposons de suffisamment d'espace. Nos collections y sont à l'aise. Ce qui nous manque, c'est du personnel. Quatre bibliothécaires, une historienne et une historienne de l'art pour gérer une telle masse de documents, c'est trop peu. D'autant qu'il faut aussi avoir l'oeil sur toutes les ventes, publiques ou privées, et déterminer ce qui est intéressant et ce qui ne l'est pas.»

La salle de consultation paraît, elle aussi, bien adaptée.

«La salle s'adresse surtout aux étudiants et aux chercheurs en histoire locale et régionale mais elle est accessible à toute personne titulaire d'une carte de la bibliothèque pour adulte ou d'une carte de consultant que l'on peut obtenir en nos bureaux.»

Le 1er livre imprimé à Liège

Près de trente «Fonds» sont conservés dans les collections patrimoniales. Outre celui d'Ulysse Capitaine, on trouve aussi le «Fonds Dejardin», plus de 5000 cartes et plans, legs d'un militaire liégeois du XIXe siècle; le «Fonds Marcel Thiry», sa bibliothèque (plus de 3000 livres) et toutes ses archives (plus de 5000 documents). Les autres collections viennent de musiciens, d'écrivains, de journalistes, de professeurs. Il y a aussi la bibliothèque des dialectes de Wallonie et le centre de documentation de l'architecture.

Robert Gérard ne résiste pas au plaisir de me montrer quelques pièces rares de son domaine. Je peux ainsi découvrir une lettre écrite et signée de Sébastien Laruelle, le bourgmestre assassiné en 1637 et une autre de... son assassin, le comte de Warfusée. Un manuscrit de Grétry et, surtout, le premier livre ayant été imprimé à Liège en 1569, un bréviaire à l'intention de la collégiale Saint-Paul.

Expo et informatisation

La Salle Ulysse Capitaine accueille aussi, depuis peu, des livres d'art contemporain réalisés conjointement par un écrivain et un peintre. Le critère étant que l'un des deux soit liégeois.

«Nous nous attachons, dit le directeur, Jean-Pierre Rouge, à mettre ces fonds de mieux en mieux en valeur pour les faire connaître du grand public. Un espace a été aménagé pour organiser des expositions temporaires qui permettent, pour un temps limité, de montrer des documents extraits des différents fonds.»

En ce moment, une exposition Simenon permet de voir d'intéressants documents et notamment le manuscrit de son premier roman «Au pont des Arches» ou encore un livre d'inscription de prêts de livres où se suivent les signatures de Georges Simenon et Régine Renchon.

Le grand projet du Département Patrimoine de la bibliothèque des Chiroux est d'informatiser les collections. «Jusqu'à présent, dit Jean-Pierre Rouge, 40000 documents sont répertoriés dans la base de donnée qui peut être consultée ici ou sur Internet.»

Avec 500000 documents en réserve, on a de quoi s'occuper à la Salle Ulysse Capitaine.

© La Libre Belgique 2003 - par LILY PORTUGAELS


Exposition - Peinture et finance à Sienne ( Italie )

Icônes de la vie économique

Au XIIIe siècle, des moines cisterciens étaient chargés des comptes de la ville de Sienne ( Italie ). Leurs livres comptables étaient somptueusement enluminés.

Si l'école de peinture siennoise, au Moyen Age, est bien connue avec ses suaves madones sur fond doré qui évoquent la tradition byzantine, les couvertures peintes des livres de comptes provenant de l'administration financière de la ville Toscane le sont évidemment bien moins.

Dûment illustrées pourtant, dès le milieu du XIIIe jusqu'au XVIe siècle et parfois par des artistes en vue, elles sont l'objet, aux côtés d'une quarantaine de manuscrits enluminés, d'une belle et originale exposition à la Chapelle de Nassau de la Bibliothèque Royale à Bruxelles.

Etranges icônes, en vérité, de la vie économique, généralement tenues au secret dans les archives communales de Sienne, ces « Biccherne » témoignent d'une administration financière très complexe et structurée, dûment maîtrisée par le gouvernement de la ville.

Elles ont pour support des panneaux de bois qui servaient de reliure aux registres consignant recettes et dépenses, et représentent le plus souvent, du moins au début, des inspecteurs tout à leurs travaux d'écriture ou à leurs manipulations de l'espèce sonnante et trébuchante.

Perception et redistribution des impôts mais aussi, par extension, images de la ville elle-même avec sa cathédrale si fameuse, son palio qui rassemble toute la ville sur la place centrale, ses scènes d'intérêt public et historique comme la belle « Accolade entre Philippe II d'Espagne et Henri II de France », ces thèmes étaient assortis d'écussons et de textes institutionnels à valeur de loi.

Au début du XIIIe siècle, la fonction de gérer les comptes de la commune était confiée à des moines cisterciens susceptibles d'offrir - auprès du gouvernement de la ville - toutes les garanties d'une parfaite honnêteté. Ces moines étaient assistés d'inspecteurs qui, pour des raisons pratiques de classement, imaginèrent de faire décorer les reliures de ces registres comptables.

Les images cessèrent vite d'être une décoration ou une commodité à valeur ajoutée pour devenir un genre pictural à part entière confié à des peintres tout à fait spécialises.

Avec le temps, d'autres administrations municipales et la sphère économique « privée » adoptèrent cette pratique soutenue par une symbolique jamais anodine, tout à son dessein politique et citoyen, au contraire. Il s'agissait, par le biais de cette iconographie, d'appuyer la stabilité, voire la puissance de la ville face à ses rivales.

Si on est ravi par la grâce de ces peintures qui oscillent sans cesse entre art populaire et savant, on réalise surtout quel précieux enseignement socio-économique elles dispensent. Très attachantes, naïves et raffinées à la fois, elles permettent en effet d'entrer de plain pied dans la vie quotidienne d'une ville qui, dans ses murs, a si peu changé.

Il n'est pas indifférent de savoir que ces « Biccherne » ont évolué au fil du temps, en intégrant de plus en plus de scènes religieuses et civiles, se rapprochant de la peinture monumentale et du tableau pur et simple pour offrir toutefois un autre point de vue - alimenté à une autre source - sur la peinture du Moyen Age et de la Renaissance. ·

Exposition : Chapelle de Nassau, Bibliothèque Royale, Albertine, 1000 Bruxelles. Tous les jours sauf dimanches, de 12 à 17 heures. Entrée libre. Rens. 02-519.53.11

Danièle Gillemon - Le Soir, Bruxelles. Le 12/08/2003


 

La Mésopotamie, si loin, si proche par Joseph Yacoub

Surchargée de valeurs mythologiques et religieuses, la Mésopotamie, carrefour des peuples, est la genèse du monde civilisé. Morte à plusieurs reprises, son héritage est pourtant vivant. Joseph Yacoub raconte.

Il est des guerres qui détruisent, mais qui accélèrent la trame de l’Histoire et modifient le cours de la pensée. Cette nouvelle guerre contre l’Irak déclenchée le 20 mars, avec son déluge de feu et ses nombreuses dévastations, est venue attirer l’attention sur un pays qui est à l’origine de la civilisation et à la source de notre mémoire, et qui regorge de richesses archéologiques et scripturaires aujourd’hui menacées. L’Irak revêt désormais un visage et la Mésopotamie nous devient familière.

Pays aux trésors multiples

Pays des Jardins suspendus, de la harpe sumérienne, des Taureaux ailés assyriens, des Lions de Babylone, des Mille et une Nuits (Schéhérazade, Aladin, Ali Baba et Sindbad le Marin), l’Irak n’est pas un désert comme le laisserait entendre l’opération « Tempête du désert ». Contrée surchargée de valeurs symboliques, l’Irak est la genèse du monde civilisé (Sumer et Akkad) et du monothéisme, une terre biblique par excellence, le pays du Talmud de Babylone et du royaume de Hatra, un berceau majeur du christianisme et des premiers débats christologiques, de la première aventure missionnaire dans le monde, la terre de l’écriture cunéiforme et de la langue araméenne que parlait Jésus, un brillant foyer de la civilisation arabe abbasside en contact avec l’Inde et la Perse, un centre important de l’islam et du chiisme, une référence historique en matière de dialogue des religions, et un vrai carrefour de peuples et de minorités variées en cultures et en croyances (Kurdes, Yézidis, Sabéens, Turkmènes, Assyro-Chaldéens, tribus nomades). Doit-on rappeler qu’Abraham (1850 avant JC), le père des croyants, est un Mésopotamien qui sortit d’Ur en Chaldée (située au sud de l’Irak) et que Thomas l’Apôtre y prêcha l’Évangile ? Les Irakiens se considèrent, à juste raison d’ailleurs, comme les héritiers de ce patrimoine cinq fois millénaire et s’estiment être en filiation directe avec ce passé.

La civilisation arabo-musulmane

La Mésopotamie fut conquise par les Arabes en 637 et devint musulmane. Ce pays de l’islam vit éclore les premières écoles juridiques (celle de Abu Hanifa, 696-767), le soufisme et le mysticisme (al-Hallaj 857-922), de grands philosophes (notamment le courant rationaliste mutazalite) et poètes (Abu Nuwas, Bachar ibn Burd), de célèbres voyageurs et historiens de renom (al-Tabari 838-923 et le chiite al-Massoudi 893-956), des savants encyclopédistes (comme Ibn al-Haytham 965-1039), des confréries religieuses (comme celle fondée par le soufi Abdel Kader Gaylani, appelée la Kadiriyah). Il vit naître aussi le chiisme avec Ali assassiné en 661 et son fils cadet Hussein qui subit le même sort tragique le 10 octobre 680. Ils reposent à Najaf et Kerbala, deux sanctuaires situés au sud de l’Irak. Bagdad, capitale de l’Empire abbasside (762-1258), symbole de l’âge d’or de l’islam, fut édifié par le calife al-Mansour en 762 sous le nom de Cité de la paix. Le calife al-Mamoun (813-833) y fonda la Maison de la sagesse (Bayt al-Hikma), une Académie des sciences qui s’est illustrée, en particulier, par ses traductions du grec à l’arabe, via le syriaque, de la pensée philosophique et médicale hellène. Le chrétien Hunayn Ibn Isaac y joua un rôle majeur. L’Académie regroupait un million de documents. Forte d’un million d’habitants, Bagdad fut un creuset du monde musulman sous l’empereur Haroun al-Rachid (786-809), qui allait de l’Espagne à l’Inde. L’université al-Moustansiriya date de quinze ans avant la Sorbonne. L’Irak accueille huit des douze imams du chiisme et ses principales villes saintes (Kerbala, Koufa, Najaf, Samarra). Une ville comme Koufa est, par ailleurs, réputée pour sa calligraphie arabe dite koufique. La topographie de Bagdad et sa géographie religieuse sont, à elles seules, tout un symbole. Cité qui respire l’histoire, on y trouve beaucoup de lieux de culte, de grandes mosquées (celle de l’imam al-Adham), les tombeaux des 7e et 9e imams du chiisme (Kazimain), celui du grand poète Abu Nuwas (757-815), chantre du vin et du plaisir, du mystique al-Hallaj (1), qui fut supplicié, la sépulture de l’imam Abu Hanifa et de Zubayda.

La Bible et la Mésopotamie

La Bible est jalonnée de récits sur la Mésopotamie, pleins à la fois d’angoisse et d’espérance, pour le bien comme le pire (voir Jérémie, Isaïe, Ezéchiel, Daniel, Jonas, Nahoum). Pays de pluralisme juridique, reconnaissant toujours des communautés et des droits coutumiers, la Mésopotamie octroyait aux juifs exilés à Babylone un statut légal reconnaissant leurs lois et coutumes et leurs règles familiales et personnelles. Ils témoignaient d’un grand dynamisme. Le chef de la communauté avait le titre de Resh Galutha (terme araméen qui signifie chef suprême de la diaspora ou exilarque). Le livre d’enseignement le Talmud de Babylone (Talmud Babli) écrit en judéo-araméen à Babylone à partir du IVe siècle par Rabi Achi, le chef de l’école de Sura, et par ceux de l’école de Mahoza – qui sert de référence canonique, juridique et morale – est le commentaire le plus détaillé et le plus répandu de la Torah. Il sera largement commenté par Rachi. Par ailleurs, on a établi un parallèle entre la naissance et l’enfance de Sargon, premier roi d’Akkad (2450 av. JC) et Moïse. Tout au long de son parcours historique, la Mésopotamie contribua puissamment à la création, à l’avancement et au progrès de la connaissance et de l’organisation humaine, tant en matière religieuse, philosophique, scientifique, politique, administrative et économique.

L’origine de la civilisation

La religion mésopotamienne joua un rôle dans la proclamation du Dieu unique, idée effleurée par les Mésopotamiens. Des textes de sagesse rédigés mille ans avant Jésus-Christ par les Babyloniens, nous rappellent, par leur teneur, le christianisme. On a retrouvé des textes mésopotamiens relatifs à la Création et à l’histoire du Déluge, semblables aux récits de l’Ancien Testament. Il en est de même pour l’astrologie, l’astronomie, la théogonie, la cosmogonie, la littérature, la science des présages, la magie, les doctrines sur l’au-delà, la divination, les hymnes, la législation, la médecine et bien d’autres domaines, dans lesquels les Mésopotamiens ont apporté un savoir appréciable. Notons ici leur contribution en matière d’organisation politique où les différents codes sont des pièces maîtresses dans la manière d’organisation rationnelle du pouvoir. N’a-t-on pas dit que l’administration commençait en Chaldée ? Hammurabi (1850 av. JC) n’est-il pas un chef d’État et un législateur cité en modèle ? L’Épopée de Gilgamesh, ce long poème écrit au XVIIIe siècle av. JC, traite de la vie, de la mort et du devenir. Cette épopée, antérieure à L’Iliade et à L’Odyssée d’Homère, considérée désormais comme un des textes fondateurs de la culture occidentale, est entrée dans l’enseignement de la philosophie en terminale. Civilisation de l’intelligence et de la prévoyance, l’écriture avait une grande importance pour les Mésopotamiens. Ils avaient un sens prononcé de la fixation de la pensée, de la transmission, de la durée et de la postérité. Des dizaines de milliers de tablettes et beaucoup de scribes ont consigné l’histoire de la Mésopotamie. La première bibliothèque publique a été instituée par le roi assyrien Assurbanipal (- 668/- 626). Ninive, qui jouxte Mossoul, comportait des dizaines de milliers de tablettes.

- A voir la naissance de l'écriture en Mésopotamie : http://classes.bnf.fr/dossitsm/mesopota.htm

Berceau des premières cités-États (Uruk, Larsa, Ur, Kish, Lagash, Nippur, Sippar), la Mésopotamie antique était une société structurée dotée de pouvoir d’État efficace avec un sens de l’intérêt général. On a beaucoup écrit sur l’apport de la Mésopotamie et son riche héritage mythologique et littéraire en ce qui concerne les récits relatifs à la création du monde et à l’apparition de l’humanité, ainsi que dans le domaine de la codification du droit et de la responsabilité juridique, de la justice et de l’organisation rationnelle de la société. Quelques textes juridiques, qui visent à réglementer la vie civile, méritent, à ce propos, d’être mentionnés comme les recueils de lois assyriennes et babyloniennes. Il est frappant de constater que les Mésopotamiens étaient animés d’un fort sentiment religieux et leur pensée en était très imprégnée. Leurs ziggourats (tours élevées) étaient dédiées à la divinité. Ils avaient le sens de l’Au-delà. D’ailleurs, le Panthéon était très riche et varié. Environ trois mille dieux l’habitaient, avec de Grands-Dieux principaux, tels Anu, Marduk, Ishtar, Enlil, Ea, Nabu, Sin, Inana, Shamash, Assur, Hadad, Nergal, Ninurta... Pieux, ils avaient une représentation de la temporalité de l’homme enchâssée dans la divinité et incrustée d’emblée dans l’univers.

L’autorité politique contrôlée

D’autre part, contrairement à une idée largement véhiculée par l’Occident qui considère l’Orient comme une terre éternellement gouvernée par des despotes, la Mésopotamie limitait le pouvoir du prince par le service du peuple sous peine de se voir renverser par les dieux. Le paragraphe qui suit nous fait penser à l’actualité et à la chute du régime tyrannique de Saddam Hussein : « Si un prince n’observe pas la justice, son peuple sombrera dans l’anarchie, et son pays sera dévasté. S’il n’observe pas la justice de son pays, Ea, roi des destins, changera sa destinée et le poursuivra sans cesse avec hostilité. » Ce qu’il faut retenir de leur philosophie, c’est que l’homme est un élément d’un ensemble plus vaste et qu’il a des obligations juridiques, sociales et morales. Jean Bottéro, éminent assyriologue français, dit que les Babyloniens semblent tenir compte de la double finalité laïque et religieuse, en attribuant aux hommes aussi bien le devoir de l’organisation du monde que celui du culte liturgique. Il écrit : « En sorte qu’il nous faut reconnaître aux Sages de Babylone une doctrine notablement élevée du sens de la vie humaine : l’homme est fait pour le service divin et pour le perfectionnement de la nature. » En matière de sens et de finalité que les Assyro-Babyloniens avaient du droit, ce même auteur écrit : « On peut […] avancer sans crainte qu’avec les Romains, et bien avant eux, et peut-être plus qu’eux, les Babyloniens et les Assyriens ont été, dans l’Antiquité, le peuple le plus juriste de la terre : leur sens du droit et de la responsabilité juridique est véritablement étonnant. »

Chrétiens depuis 2000 ans

Par ailleurs, le monde a découvert, étonné, des chrétiens en terre d’islam. Or en Irak, l’Église n’est pas une étrangère, et sa terre est emplie de lieux de culte et de monastères depuis 2 000 ans. Au nombre d’un million (4 % de la population), ces chrétiens répètent à l’envi : « Nous sommes les premiers chrétiens d’Irak, mais aussi les premiers Irakiens. » La région de Mossoul est truffée d’églises et de monastères, où six rites sont célébrés. Quant à Bagdad, c’est la ville aux cinquante églises. La présence chrétienne y est aussi vieille que le christianisme lui-même. C’est une religion autochtone et apostolique. À l’appel de Dieu, le prophète Jonas fit le voyage de Ninive pour prêcher la repentance. Outre le jeûne des Ninivites (Jonas, 3, 1-10), salué par Jésus comme un signe fort (Matthieu, 12, 39-42 ; Luc, 11, 29-32), durant lequel les chrétiens d’Irak font pénitence trois jours, les ancêtres des Irakiens, les « gens de Mésopotamie », furent témoins de la Pentecôte (Actes des Apôtres, 2-9). Après la naissance de Jésus à Bethléem, des notables et des astrologues issus de Mésopotamie, des « Rois mages d’Orient » sont venus lui rendre hommage (Matthieu, 2, 1-2). Les chrétiens de Mésopotamie se font gloire d’avoir en Thomas l’apôtre, le premier prédicateur en cette terre originelle du christianisme. En effet, dans la seconde moitié du premier siècle, saint Thomas y prêcha avec un autre apôtre Thaddée (connu en Orient sous le nom d’Addaï), lequel était accompagné de deux disciples : Aggaï et Mari. Mar Addaï est considéré comme le bâtisseur de l’Église de Babylone, du siège de Séleucie-Ctésiphon, premier centre de l’Église d’Orient. Mar Aggaï et Mar Mari lui succéderont à ce siège. Disciple et successeur d’Addaï, Aggaï ordonna des évêques en Assyrie et en Chaldée. Compagnon d’Aggaï, Mari parcourut la Mésopotamie pour l’évangéliser, fonda le siège de l’Église de Kokhé, non loin de Bagdad. Les villes d’Arbèle, au nord de l’Irak, et d’Alqosh, près de Mossoul, seront chrétiennes dès le premier siècle. Elles devinrent très tôt des villes métropolitaines.

Le Rayonnement universel

Le premier des trois textes liturgiques servant pour les prières ordinaires de la messe assyro-chaldéenne, est l’Anaphore (terme grec qui signifie élévation, utilisé pour la liturgie eucharistique) attribuée à Mar Addaï et Mar Mari, qui remonte aux origines de l’Église. Le chant liturgique Lakh ou Mara (À Toi Seigneur), qui date du premier siècle, est considéré comme l’un des plus anciens documents liturgiques connus à ce jour. Cette Église d’Irak a connu une épopée missionnaire qui l’a conduit de Bagdad à Pékin, elle possède sa version de la Bible (Pshytta), et a rayonné dans tous les domaines du savoir religieux et profane. Elle a donné notamment Tatien (120-180), Bardesane (154-222), Aphraate (270-346), Narsaï (399-502) et Isaac de Ninive (VIIe siècle) qui sont de réputation internationale.

L’imaginaire occidental

Comme Phénix, la Mésopotamie est morte à plusieurs reprises. Enfouie sous les décombres, il a fallu attendre 1840, grâce aux archéologues français et britanniques, pour retrouver les vestiges de Ninive détruite cruellement il y a 2 500 ans. En 1258, les Mongols avaient à leur tour mis à sac Bagdad avec la même cruauté. Chaque fois, elle fut ressuscitée de ses cendres et ses traces sont au musée du Louvre, au British Museum, au musée de Berlin et de Chicago. Mais en dépit de tout, il faut « défataliser », car son histoire est présente dans l’imaginaire et inscrite dans la mémoire de l’Occident.

 (1) Lire le livre de Kebir M. Ammi, Évocation de Hallaj, Presses de la Renaissance, 190 p., 18 e

La vision mésopotamienne de l’homme et du pouvoir

Pour les Mésopotamiens, l’homme n’est pas un être absolu ni le centre de l’univers. C’est un être limité tout en étant libre. Écoutons Gilgamesh : « Pourquoi prolonger ta douleur, Gilgamesh? Puisque les dieux t’ont fait de la chair des dieux et de l’humanité,Puisque les dieux t’ont fait semblable à ton père et ta mère,À un moment la mort est inévitable… »

Les récits assyro-babyloniens de la création affirment l’évolution, la temporalité et la relativité de ce monde terrestre qui n’ait jamais à l’abri de soubresauts : « Parfois nous bâtissons une maison, parfois nous faisons un nid, Mais ensuite des frères la divisent dans l’héritage, Parfois l’hostilité est dans le pays, Mais ensuite le fleuve monte, l’inondant de ses eaux. »

Joseph Yacoub - Vendredi 8 août 2003 - Témoignage Chrétien.


 

Sud-Sinaï : le matin du monde

Un séjour balnéaire sur les côtes de la mer Rouge est l'occasion rêvée de partir à la découverte des paysages lunaires du Sinaï .

Au terme de la bande côtière qui accueille les infrastructures hôtelières de Sharm-el-Sheikh, en plein boom touristique, elles s'élèvent à la verticale, les dents de requin formées par les montagnes du Sinaï.

Une barrière quasi infranchissable, la route stratégique conduisant au fond du golfe d'Aqaba, à 250 kilomètres de là, parvenant difficilement à se faufiler au fond de vallées tortueuses.

Une géographie aussi tourmentée demande explication: ici, on se trouve sur les rebords du rift, grande faille terrestre courant de la Turquie jusqu'au Kenya, en passant par la vallée du Jourdain et la mer Morte.

D'énormes bouleversements telluriques ont donné au Sinaï cet air de matin du monde. Pour l'approcher de plus près, il conviendra de contourner beaucoup d'obstacles naturels

Le vacancier qui devra s'arracher un jour ou deux au spectacle offert par les formations coralliennes et les poissons tropicaux de la côte ne le regrettera pas. Soit il partira à dos de chameau ou en 4 x 4 à la rencontre des Bédouins peuplant le désert proche. Soit il se lancera dans des périples plus ambitieux, avec dépaysement garanti.

Ainsi rejoindra-t-il le Canyon coloré, que seuls les tout-terrains atteignent. Du sommet du plateau, la vue, saisissante, plonge au fond d'une gorge creusée par les eaux. Les calcaires immaculés et l'azurite bleue réduits en poudre, les marnes aux larges strates marron, les rayures verdâtres des feldspaths, les granits roses, jaunes ou gris racontent l'histoire des entrailles de la terre. La promenade est sportive. Pour dépasser le bloc de pierre obstruant le boyau, il faut se laisser glisser dessous, le long d'un toboggan de pierre. Les amateurs de grande nature seront comblés.

Ne voulant surtout pas manquer la visite de la perle de la pointe du Sinaï, voilà le vacancier à nouveau en route, mais cette fois à destination de Sainte-Catherine, bastion de la chrétienté. Il ambitionnera peut-être l'ascension de la montagne de Moïse, aux flancs de laquelle est adossé le monastère. Le paysage, désert de sable et de rochers d'une rare beauté, est le royaume de la gazelle, de la hyène et du loup!

Bout du monde

Les véhicules de tourisme se hâtent de rejoindre le plus vieux monastère de la chrétienté et siège du plus petit diocèse du monde. A 1570 mètres, au bout d'une vallée qu'écrasent les masses granitiques, l'air est frais et la clarté divine.

«Tout récemment, j'étais à New York pour une rencontre, mais j'apprécie tellement de me retrouver ici», confie ce moine américain dans la quarantaine qui veille sur la bibliothèque du monastère. La deuxième plus riche du monde après celle du Vatican, avec ses six mille manuscrits et volumes, dont l'une des premières copies des versions originales des évangiles.

«On vient à Sainte-Catherine pour la vie. Moi, il y a cinq ans que je suis ici. Nous sommes trente moines et le plus âgé compte septante-sept ans de vie religieuse; il est entré à l'âge de 17 ans!»

Le Buisson ardent

L'homme est tout de sérénité. Avec ses confrères de l'Eglise orthodoxe de Grèce dont le monastère dépend depuis toujours, il perpétue la longue tradition du monachisme sinaïtique, inaugurée voilà quatorze siècles.

C'est ici que Moïse aurait vu s'enflammer le Buisson ardent. Sainte Hélène, mère de Constantin, fait recouvrir en 330 ses racines d'un autel face auquel on se déchausse, en souvenir du commandement divin à Moïse. Quant à l'arbuste, il continue de prospérer sur une façade extérieure.

La foule des touristes et des pèlerins se presse dans la basilique de la Transfiguration, surmontée d'une très ancienne mosaïque du Christ en gloire. Avant de rejoindre leur véhicule, les visiteurs jettent encore un regard rapide sur une collection d'icônes qui ont miraculeusement traversé les âges.

Un minaret à deux pas du clocher de l'église? Oui, il a fallu composer avec l'islam. D'autant que Mahomet, comme les califes musulmans et les sultans turcs ont toujours accordé leur protection au lieu saint. Mais la meilleure défense contre les pillards sera encore le mur d'enceinte de granit rouge, élevé par l'empereur Justinien au VIe siècle et réparé par Napoléon. Il forme un quadrilatère de 85 x 74 m.

Si vous êtes courageux, vous ferez nuitamment le pèlerinage du mont Horeb de la Bible, le Sinaï actuel. Soit en empruntant les 3750 marches de l'escalier creusé dans le roc, soit en lui préférant le confortable chemin moderne.

Au moment où le soleil se lèvera sur la montagne sacrée, vous vous souviendrez qu'ici, au bout du monde, Moïse fit connaître à son peuple les Dix commandements, lois intangibles d'un Dieu unique.

Texte Jean-Pierre Grenon - 09 août 2003


LA BIBLIOTHEQUE HUMANISTE DE SELESTAT

DES PETITS TRESORS A MERVEILLE

Il y a bien sûr cet acte de baptême du Nouveau Monde, daté de 1507 ou encore la première référence mondiale à l'arbre de Noël de 1521. Ces trésors de la bibliothèque humaniste de Sélestat, tout le monde les connaît. Mais il y en a d'autres, moins importants mais tout autant dignes d'intérêt. Hubert Meyer, conservateur de la bibliothèque, nous les fait découvrir.

Quand vous entrez dans le hall d'accueil de la bibliothèque humaniste, au premier étage, jetez un coup d'oeil sur votre gauche. Vous y verrez une belle sculpture blanche : un visage de femme. Mais ne vous y trompez pas, cette "dame de Sainte-Foy" n'est en fait pas une sculpture. Elle est un moulage du cadavre d'une femme inconnue de la fin du XIeme siècle. Il n'était pas rare, à cette époque, de couler du mortier de chaux dans les cercueils afin de limiter la contagion de certaines épidémies. Résultat : ce moule à l'état de conservation presque parfait, comme une photographie volée au temps. Et un visage très beau d'une femme dont la natte nous est encore visible près de dix siècles plus tard.

Insolites

« Cette dame de Sainte-Foy est l'un des nombreux trésors méconnus de la bibliothèque humaniste », explique Hubert Meyer, le conservateur. Il existe tant d'objets insolites, visibles ou invisibles pour le grand public, tels ces grands porte-cierges du XVIIIeme, dans la salle principale. L'un est sorti chaque année le 16 août afin que les maraîchers puissent célébrer la Saint-Roch, deux autres le 16 mai pour que les boulangers puissent adorer Saint-Honoré. » Une tradition médiévale qui se perpétue donc. Dans la salle des incunables, un buste de Jean Mentel, le premier imprimeur d'Alsace et en-dessous, cette inscription, inattendue : "Mentel de Schlestadt, inventeur de l'imprimerie". Il a fallu attendre en effet la fin du XIXeme siècle pour que les Sélestadiens cessent de croire à ce mythe. Non, Gutenberg ne pouvait avoir inventé l'imprimerie, seul un Sélestadien en était digne !

Livres avec « anti-vols »

Mais bien sûr, parmi les trésors inconnus, de nombreux livres : un lexionnaire du VIIeme siècle, le plus vieux livre d'Alsace dont les extraits étaient lus pendant les messes ou encore ces trois livres du XVeme siècle, retenus à la bibliothèque par une grosse chaîne. « Ces "anti-vols" de l'époque ont presque tous disparus aujourd'hui », raconte Hubert Meyer. A noter également : la première édition du Larousse universel en 15 volumes, daté de 1866. Ne prenez pas la peine de chercher sous "Sélestat". C'est sous "Schelestadt" que vous trouverez. En effet, le temps d'achever les volumes, l'Alsace était devenue allemande ! Le dernier tome a ainsi été édité dix ans après le premier. Autant de petites merveilles qui donnent tous son sens à cette éloge de Sélestat, écrit par Erasme lui-même en 1515 et qui se trouve amoureusement conservé par Hubert Meyer : « D'autres enfantent des corps, toi tu enfantes des génies. Qui déjà n'envierait de si éclatantes faveurs ? ». Erasme l'avait donc dit.

Alexandre Sulzer - 01 août 2003 - Dernières Nouvelles d'Alsace


Chine : la partie du « Grand Dictionnaire de Yongle » entreposée dans la Bibliothèque nationale a été remise en état

Après leur remise en état, les 221 volumes du fameux « Grand Dictionnaire de Yongle » entreposés dans la Bibliothèque nationale de Chine - l'une des ses collections les plus précieuses - vont être présentés au public à partir du 17 juillet, et ce jusqu'à la première décade de septembre prochain. Durant cette période, les habitants de Beijing auront l'occasion de voir de leurs propres yeux 9 des originaux de cet ouvrage ancien légendaire.

Rédigé sous le règne Yongle de la dynastie des Ming (1403-14250), cet important dictionnaire constitue l'encyclopédie la plus mûrement conçue et la plus remarquable qui ait été réalisée dans l'antiquité chinoise. Etant donné ses aventures extraordinaires, il va de soi que tout ce qui la concerne fait l'objet de l'attention générale du public. Ayant rassemblé des documents de quelque 7 ou 8 mille livres anciens, cet ouvrage composé de 60 tomes de catalogue et de 22 877 tomes pour le dictionnaire lui-même a été en tout relié en 11 095 volumes.

Selon les statistiques, dans le monde entier, il ne reste du « Grand Dictionnaire de Yongle » édité sous le règne Jiajing (1522-1567) que 400 volumes environ, dont 223 entreposés en Chine et 221 dans la Bibliothèque nationale de Chine.

Avec le soutien des ministères chinois des Finances et de la Culture et en faisant appel à des artisans habiles, la Bibliothèque nationale a procédé depuis 2002 à la remise en état générale du « Grand Dictionnaire de Yongle », travaux qui ont été achevés au bout de 9 mois.

Le Quotidien Du Peuple - 17 / 07 / 2003


Bibliothèque nationale du Royaume :

un joyau pour abriter les trésors culturels du Maroc.

Rabat devra accueillir la nouvelle Bibliothèque nationale du Royaume dont la pose de la première pierre a été effectuée mercredi 23 juillet par SM le Roi. Ce lieu culturel aura pour mission la sauvegarde et le rayonnement du patrimoine marocain ici ou ailleurs.

«Maintenir un inventaire permanent tout en conservant et en mettant en valeur le patrimoine documentaire marocain en fonction des normes internationales qu’il s’agit de toute la documentation publiée au Maroc ou ailleursC’est la mission confiée à la nouvelle Bibliothèque nationale du Royaume, dont la pose de la première pierre par SM le Roi Mohammed VI a eu lieu, mercredi dernier à Rabat.

Les documents qui doivent intégrer cette bibliothèque le seront par voie de dépôt légal, d’achat ou par voie d’échanges ou de don. Les modalités d’application du dépôt légal oblige tous les éditeurs et imprimeurs à déposer gratuitement leurs publications à la Bibliothèque. Même les documents publiés à l’extérieur du Maroc, dont l’auteur ou le créateur est marocain sont également concernés.

Gravures, cartes postales, documents photographiques, sonores, audiovisuels et cinématographiques, multimédia, bases de données et logiciels sont touchés par la loi sur le dépôt légal.

Le traitement de ces documents recouvre plusieurs opérations, dont la description bibiographique ou catalographique (auteur, titre, édition, éditeur, etc.) et l’analyse du contenu pour établir sa classification selon le sujet.

Autres fonctions, celles de la conservation et de la restauration des manuscrits. Plusieurs procédés ont été prévus pour prolonger la vie des documents : des acidifiation (débarrasser les livres anciens de tous les éléments destructeur), restauration et reliure et enfin l’utilisation de la microphotographie et la photographie pour proposer au public les informations qu’ils contiennent tout en garantissant leur conservation.

Des magasins seront aménagés avec des niveaux d’humidité, de température et de ventilation pour maintenir à bien l’état des manuscrits et autres. Autres missions de ce temple du savoir, la publication de bibliographies thématiques et des catalogues d’exposition ainsi que le prêt de ses documents à d’autres bibliothèques du Maroc et de l’étranger.

A côté des salles de lecture, ce nouveau temple culturel disposera d’auditorium lui permettant d’organiser plusieurs manifestations culturelles : théâtre, musique, danse, rencontre d’écrivains et conférences.

La Bibliothèque proposera des lieux d’expositions de ses collections : estampes, affiches, livres d’artistes, cartes postales, etc.

De même, elle fera la promotion du patrimoine national auprès des jeunes en organisant notamment des rencontres avec des illustrateurs. D’autre part, des relations avec la presse et les médias seront maintenues.

La Bibliothèque réalisera des campagnes de communication pour promouvoir son trésor culturel.

Bref historique

L’idée de créer une bibliothèque moderne au Maroc remonte à 1912. Le projet fut effectivement concrétisé en 1919. Les locaux de cette bibliothèque furent construits à proximité de l’Institut des Hautes Etudes Marocaines. Les fonds documentaires de l’IHEM, contenant manuscrits et imprimés, ont constitué le noyau de cette bibliothèque.

En 1924, la Bibliothèque générale fut installée dans les locaux définitifs qu’elle occupe encore aujourd’hui et qui gardent leur aspect initial.

Le dahir du 1er novembre 1926 érigea la Bibliothèque générale en établissement public. La vocation de la nouvelle institution était de rassembler, centraliser et communiquer au public toute la documentation concernant le Maroc. Une autre mission de grande importance, celle de recevoir et de conserver les archives administratives, a été confiée à la Bibliothèque générale en vertu de l’article 9 du dahir susmentionné. L’institution devint Bibliothèque générale et archives (BGA).

Un second fonds documentaire, constitué d’imprimés et de manuscrits, fut versé à la BGA, celui de la bibliothèque de la mission scientifique du Maroc, dissoute en 1920.

Les collections de la Bibliothèque générale et archives furent, par la suite, enrichies d’un certain nombre de collections particulières.

A l’aube de l’indépendance, la BGA reçut des fonds très importants de manuscrits, choisis dans les collections de bibliothèques de zaouias, de mosquées ou provenant encore de certaines bibliothèques privées.

Le lancement par S.M. le Roi des travaux de construction de la Bibliothèque nationale du Royaume du Maroc constitue un nouveau tournant dans cette évolution historique.

24.07.2003 - www.lematin.ma


 Lire en Egypte, d'Alexandre à l'Islam.

 L'histoire du livre grec et latin trouve dans les découvertes archéologiques d'Egypte une part majeure de ses sources. Les sables des franges désertiques de la vallée du Nil et des oasis ont en effet restitué, par milliers, les plus anciens manuscrits grecs et latins, souvent de mille ans antérieurs aux copies médiévales. Ces livres sur papyrus ou sur parchemin conservaient parfois aussi des œuvres inédites. La sécheresse du climat a assuré leur préservation. Cet ouvrage s'inscrit dans le cadre d'une Egypte multiculturelle, où cohabitent, dès avant la conquête d'Alexandre le Grand (332 av. J.-C.), Grecs et Egyptiens, puis, avec son intégration dans l'Empire romain, Grecs, Egyptiens et Romains. Il s'achève avec la conquête arabo-musulmane (639-642) qui met un terme à plus d'un millénaire d'intense vie culturelle grecque. Cette étude permet de réfléchir aux relations réciproques entre les civilisations. Elle aborde le contenu des livres grecs qui rassemblent les œuvres de la culture écrite grecque et les traductions des " sagesses barbares ". A travers l'examen des supports du livre et de leur typologie on découvre les conditions dans lesquelles les Grecs d'Egypte renoncèrent au livre en rouleau, le " livre ancien " pour adopter cette invention romaine qu'est le codex, le " livre moderne ". Notre objectif est de présenter ces livres perdus et retrouvés dans leur contexte social et culturel, en nous intéressant à la sociologie des lecteurs et aux pratiques de la lecture.

Nous allons pour cela à la rencontre des lecteurs - et des lectrices -, aussi bien à Alexandrie qui accueille - entre autres - la célèbre bibliothèque du Musée, que dans les provinces égyptiennes (les " nomes "), dans cette chôra où s'est épanouie une vie culturelle brillante. Aujourd'hui la nouvelle bibliothèque d'Alexandrie apparaît comme l'héritière de sa prestigieuse aînée.

Editions Picard, collection Antiqua, 2002.

Bernard Legras - 30 juillet 2003 - www.info-grece.com


Les papyrus vont-ils disparaître dans les coffres-forts ?

Professeurs et conservateurs craignent une marchandisation de ces précieux documents et une flambée des prix empêchant les institutions publiques de les acquérir à des fins pédagogiques.

Plutôt habitués à l’ombre des bibliothèques, les papyrologues s’inquiètent du soudain intérêt porté à l’objet de toutes leurs études. Ils s’émeuvent surtout des sommes déboursées pour ces manuscrits fabriqués par les anciens Egyptiens à partir d’une plante poussant sur les bords du Nil et témoins de cultures antiques : du simple contrat de vente au texte religieux.

Lors d’une vente aux enchères à New York le 20 juin dernier, un acheteur inconnu a mis sur la table pas moins de 400.000 dollars pour un papyrus datant du IIIe siècle après Jésus-Christ et portant un beau passage en grec du chapitre 8 de l’évangile de saint Jean (1). "Insensé", "ridicule", "choquant" : les commentaires ont fusé chez les spécialistes qui, pour beaucoup n’auraient pas mis la moitié de cette somme.

Plus de trois millions de dollars

Tous craignent que cette vente donne des idées aux spéculateurs jusqu'alors peu intéressés par ces pièces. Les papyrus pourraient finir au fond de coffres et leurs nouveaux propriétaires préférer l’anonymat. Or, rappellent les spécialistes, avant d'être des objets de valeurs, il s'agit avant tout de sources indipensables aux chercheurs et étudiants. En théorie, rien n'empêche les bibliothèques publiques ou les musées de s’en porter acquéreurs et d'en garantir l’accès. Mais, leurs caisses sont souvent vides et la tentation serait plutôt de se défaire de ces documents à bon prix.

C’est ce qu’a fait le propriétaire du papyrus vendu 400.000 dollars. Confrontée à une dette de 4 millions de dollars, la Colgate Rochester Crozer Divinity School (CRCDS, New York) a chargé Sotheby’s de vendre au plus offrant le fragment de l’évangile de saint Jean. Dans le lot également : une trentaine d’autres papyrus, des tablettes en cunéiforme et quelques livres rares. Au total, l’opération a rapporté 3 311 280 dollars, en ce compris la commission de la maison de vente.

"Jamais un gentleman..."

Dans cette affaire, les paléographes sont d’autant plus en colère que les papyrus avaient été donnés en cadeau. Dans les années 1920, l’Egypt Exploration Society de Londres avait souhaité remercier l’ancêtre de la CRCDS pour sa contribution aux opérations de fouilles à Oxyrhynchus, petit village à 160 kilomètres au sud-ouest du Caire où furent découverts les papyrus entre 1893 et 1908. Pour les papyrologues, pas de doute : il aurait été de bon ton de restituer les documents au donataire ou, à la limite, de les vendre à une bibliothèque publique mais sans passer par une vente aux enchères.

Las, rien juridiquement, ne pouvait imposer cette solution. "A l'époque, jamais un gentleman n’aurait envisagé de vendre le cadeau qu’il aurait reçu", déplore Adam Bülow-Jacobsen, professeur émérite de papyrologie à l’université de Copenhague (Danemark). Autre temps, autre moeurs. Autres techniques aussi : avant d'être vendus, les papyrus d’Oxyrhynchus ont été numérisés et stockés sur Internet. Voir sur le site : http://www.atla.com/digitalresources/. "Le problème le plus important, fait remarquer le professeur Robert Kraft, concerne des documents qui doivent encore être étudiés." Car, explique ce spécialiste des religions à l’université de Pennsylvanie (Etats-Unis), "pour les chercheurs, le mystère qui entoure des pièces non encore publiées a bien plus d’attrait que la renommée d’un document déjà déchiffré et édité."

(1) (Oxyrhynchus Papyri, n°1780).

Le 15 juillet 2003 - TF1 Infos - Par David STRAUS


Les catalogues de l'Institut du monde arabe accessibles en ligne.

PARIS, 8 juil (AFP) - Les catalogues de la bibliothèque de l'Institut du monde arabe, plus importante ressource documentaire sur le monde arabe en Europe, sont désormais accessibles en ligne, a indiqué mardi l'IMA, parlant "d'atout unique pour les chercheurs".

Depuis le site de l'Institut du monde arabe (www.imarabe.org), dans le menu Bibliothèque, les internautes peuvent accéder à trois bases de données : fonds des livres, fonds des périodiques et base des événements culturels de l'IMA.

La recherche en ligne permet de découvrir, par auteur, par thème, par titre, les différentes ressources de la bibliothèque. Chercheurs, étudiants ou passionnés du monde arabe pourront donc organiser leurs recherches avant de visiter l'Institut du monde arabe.


 

Le Vatican édite un dictionnaire du latin moderne

CITE DU VATICAN (Reuters) - Les amoureux de la langue latine seront heureux d'apprendre la publication cette semaine d'un nouveau dictionnaire moderne du latin, qui reste la langue officielle du Vatican et de l'Eglise catholique, destiné à faciliter la traduction de termes inconnus dans l'Antiquité romaine.

Cet ouvrage, le "Lexicon Recentis Latinitas" (dictionnaire des latinités récentes), commercialisé au prix de 100 euros, possède toutefois peu de chances de devenir un succès de librairie, un "best-seller" comme on dit de nos jours, ou plutôt un "liber maxime divenditus", comme l'aurait peut-être dit Jules César ou Cicéron.

Les institutions judiciaires internationales, une innovation de l'ère moderne, y occupent une place toute d'actualité. On dira ainsi non pas FBI (le Federal Bureau of Investigations américain), mais "officium foederatum vestigatorium". De même, la police internationale Interpol gagnera à être appelée "publicae securitatis custos internationalis".

Les termes techniques ne sont pas oubliés. Le régime de boîte de vitesses surmultiplié des automobiles, couramment désigné par l'anglicisme "overdrive", laisse la place à l'expression "instrumentum velocitati multiplicandae".

Les correspondants de guerre "intégrés" ou "embarqués" (de l'anglais "embedded") dans des unités militaires américaines lors de la guerre en Irak seront heureux de savoir que leur instrument de travail principal, le visiophone, s'appelle en latin un "telephonium albo televisifico coniunctum".

Les zélés latinistes du Vatican n'ont pas négligé les tourments qui agitent le sport contemporain. Le mot "dopage" pourra être traduit par "usus agonisticus medicamenti stupecfactivi".

En ces temps de grève des transports et d'embouteillages, les automobilistes immobilisés dans les bouchons pourront se consoler en récitant par coeur la bonne traduction du terme "heures de pointe": "tempus maximae frequentiae". (Reuters)


La Bibliothèque de l’Académie des Sciences de Russie, la Kuntskamera

et la Bibliothèque du Congrès (Etats-Unis)

créeront un projet Internet "Rencontre à la frontière"

 La Bibliothèque de l’Académie des Sciences de Russie, le Musée d’anthropologie et d’ethnographie Pierre le Grand (la Kuntskamera) et la Bibliothèque du Congrès des Etats-Unis ont signé une convention de création d’un projet Internet "Rencontre à la frontière". L’agence d’information ROSSBALT fait savoir que dans le cadre du projet les collections de la Kunstkamera et de la Bibliothèque de l’Académie des Sciences seront numérisées. Pour la création du projet seront utilisés les photographies, les dessins, les livres rares et les manuscrits consacrés à l’Ouest américain, à la frontière russe en Sibérie, aux rapports russo-américains en Alaska. "Rencontre à la frontière" contiendra plus de 100 milles cartes géographiques et documents en provenance de plus de 10 bibliothèques et musées des deux pays.

Le programme de participation des Etats-Unis aux festivités du Tricentenaire de Saint-Pétersbourg est composé de manifestations qui seront réalisées durant toute l’année du jubilé, tant aux Etats-Unis (plus de 40 manifestations) que dans la ville sur la Neva (plus de 20 manifestations).

Le 14-05-2003 Site : http://300online.ru/


L’ancienne Bibliothèque des Jésuites à Shanghai (Chine) va rouvrir ses portes Après dix ans de fermeture

 

CITE DU VATICAN, Mercredi 16 avril 2003 ( ZENIT.org ) - Fermée depuis dix ans, l’ancienne bibliothèque des jésuites à Shanghai va rouvrir ses portes, indique Eglises d'Asie, l'agence des Missions étrangères de Paris, dans son bulletin n° 373 ( eglasie.mepasie.org ).

Fondée en 1867 par des jésuites français, l’ancienne bibliothèque catholique de Xujiahui (1), à Shanghai, va rouvrir ses portes au public en mai prochain, après une fermeture de dix ans. Placée en 1956 sous la tutelle de la Bibliothèque de Shanghai, aujourd’hui la plus importante bibliothèque publique de Chine populaire et l’une des dix principales bibliothèques au monde, la Bibliothèque de Xujiahui rassemble des collections rares et précieuses en chinois et en langues étrangères, relatives, entre autres, à la présence chrétienne en Chine. Selon Li Tiangang, professeur de religion à l’université Fudan de Shanghai, les chercheurs attendent avec impatience la réouverture de cette bibliothèque, considérée comme la plus ancienne bibliothèque privée de l’histoire chinoise contemporaine, i.e. depuis la guerre de l’opium de 1839-1842 et l’ouverture forcée de la Chine aux puissances impérialistes occidentales.

Les actuels bibliothécaires de Xujiahui ont mis à profit la fermeture, décidée au début des années 1990 du fait des travaux menés dans le quartier pour la construction du métro, pour entreprendre l’indexation des centaines de milliers de livres et documents présents dans les rayonnages, recensés une première fois au début des années 1900. Le bâtiment de deux étages, édifié en 1867, a également été rénové durant ce long laps de temps. Fondée par les jésuites pour accueillir et aider leurs pairs venus étudier la société chinoise, la bibliothèque compte dans ses collections un exemplaire du dictionnaire français-latin-chinois compilé en 1813 sur ordre de l’empereur Napoléon par le sinologue français Joseph de Guignes. Parmi ses raretés, on trouve une carte indiquant l’emplacement des missions catholiques dans le Jiangsu entre 1840 et 1920. A côté des ouvrages relatifs au christianisme, présents en nombre, existe une importante collection d’ouvrages sur la culture chinoise, telle cette traduction en latin des Maximes de Confucius, traduction réalisée au XVIIe siècle par les jésuites Prospero Intorcetta et Ignacio da Costa.

Après avoir quitté Pékin à la suite de sa dissolution par le pape Clément XIV en 1773, la Compagnie de Jésus avait repris pied en Chine à la fin des années 1830, les jésuites s’installant à Xujiahui en 1849, sept ans après leur arrivée à Shanghai. A l’époque, Xujiahui était située en zone rurale, au sud-ouest de la ville. En 1953, le pouvoir communiste a confisqué les bâtiments comprenant la résidence des jésuites et la bibliothèque, avant, trois années plus tard, de placer les collections de celle-ci sous la responsabilité de la Bibliothèque de Shanghai. Selon Kwun Ping-hung, chercheur et spécialiste de l’Eglise catholique en Chine, natif de Shanghai mais basé aujourd’hui à Hongkong, le fait que la Bibliothèque de Xujiahui ait été placée sous la houlette de la Bibliothèque de Shanghai a permis de sauver ses collections de la furie destructrice des Gardes rouges lors de la Révolution culturelle (1966-1976). Aujourd’hui, cependant, Mgr Jin Luxian, évêque « officiel » de Shanghai, qualifie de « grande perte » le fait que l’Eglise n’a pas pu retrouver la propriété de cette institution. L’Eglise est bien parvenue à récupérer les bâtiments des églises mais pas ses anciennes écoles, hôpitaux et autres institutions, déplore-t-il.

Après la Révolution culturelle et la mise en place des réformes initiées par Deng Xiaoping, la Bibliothèque de Xujiahui n’était ouverte qu’à un petit nombre de fonctionnaires et à quelques chercheurs autorisés. Selon un porte-parole de la Bibliothèque de Shanghai, sa réouverture permettra un accès beaucoup plus large du public à ses collections, même si des règles strictes seront mises en place pour restreindre l’accès aux manuscrits et ouvrages anciens et fragiles. Le micro-filmage des collections se poursuit, a encore précisé le porte-parole, ajoutant que les collections chinoises seront déménagées à la Bibliothèque de Shanghai. Resteront sur place quelque 560 000 ouvrages publiés avant 1949 en une vingtaine de langues, dont 2 000 édités entre 1515 et 1800.

(1) Outre la bibliothèque, Xujiahui (‘Domaine de la famille Xu’, Zikawei en shanghaïen) est le nom porté par la cathédrale Notre-Dame de Shanghai. Le lieu Xujiahui est associé à Xu Guangqi, célèbre lettré baptisé sur place en 1603 et qui avait choisi Paul comme nom chrétien. Né en 1562 à Shanghai, Xu Guangqi, d’abord modeste enseignant dans le sud du pays, gravit peu à peu l’échelle mandarinale pour devenir chef du Bureau des Rites et membre du Conseil d’Etat de la dynastie Ming. Passionné par les sciences naturelles, les mathématiques et l’astronomie, il rencontra le missionnaire jésuite Matteo Ricci et devint l’un de ses collaborateurs, contribuant à la traduction en chinois de nombreux ouvrages scientifiques. Il se convertit au catholicisme. En 1634, ses restes furent inhumés à Xujiahui, une croix étant plantée à côté de la pierre tombale chinoise traditionnelle. Il y a quelques années, la municipalité de Shanghai a fait rénover sa tombe, débaptisant le Parc Nandan – où elle se trouve – en Parc Guangqi et y érigeant un buste en sa mémoire.

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Chinguetti, rose des sables,

par Olivia Marsaud

 

Chinguetti, vieux ksar alangui de chaleur et cerné par les dunes, offre au visiteur des ruines belles et nostalgiques où il fait bon se perdre. Pour tomber, par hasard, sur l'une des dix bibliothèques anciennes du lieu. Et remonter alors le cours du temps.

20/04/03 : Chinguetti, c'est d'abord une vision. A la sortie de la piste et de son paysage lunaire, mélange de rocailles sèches et grises, la vue monotone et un peu triste débouche sur celle, surréelle, de dunes mordorées émaillées de rose et parsemées de palmiers. Au centre de ce sable émouvant, la vieille ville de Chinguetti, étale et alanguie, offre au visiteur ses ruinesécrasées de chaleur. " Parfois, alors qu'il n'espère plus rien du paysage inhumain où il trace lentement sa route, le voyageur aperçoit, posée comme un bijou sur la nudité vertigineuse du Sahara, une de ces roses de sable faites de silice blonde, nées du désert et de la caresse du vent ", écrivait déjà l'aventurière Odette du Puigaudeau en 1935 alors qu'elle se trouvait à l'orée de la ville.

Inexorablement victime de l'ensablement, la ville ancienne dans laquelle il fait bon se perdre date de 1264. Elle a fait suite à la première ville bâtie sur cet emplacement en 777 qui s'appelait alors Aber, " le petit puits " en arabe. Celle que l'on a rapidement surnommée La Mecque mauritanienne comptait alors douze mosquées pouvant accueillir chacune 1 000 hommes. Enfin, une troisième ville, qui s'organise autour de l'ancien fort français, est née il y a 43 ans, regardant en face l'antique cité et la tenant à distance, séparée d'elle par 1 km de sable.

7 ème ville de l'Islam sunnite.

Elément de fierté pour ceux qui l'habitent, Chinguetti est considérée comme la 7ème ville de l'Islam sunnite. Elle a gagné ce titre grâce à son ancienneté, à l'abondance des livres religieux que renferment ses bibliothèques et grâce, d'après le gardien d'une maison, à la faculté de mémoire des habitants de la ville. " Ici, on mémorise tout le Coran dès l'âge de 9 ans !! ", affirme-t-il. Chinguetti est surtout connue pour être l'un des premiers berceaux du savoir de l'Islam, ayant abrité une université islamique.

La ville, avant qu'elle ne tombe dans l'oubli, était au carrefour du commerce transsaharien entre le Maroc, l'Algérie, le Sénégal, le Mali et le Soudan. Elle pouvait voir transiter jusqu'à 30 000 chameaux par nuit et offrait une halte propice aux caravanes. Aujourd'hui, il ne reste rien de ce lustre d'antan. Seules les dunes ont conservé leur majesté. Une mosquée est encore debout, entourées de maisons à demi écroulées. Couronnée d'un ciel bleu implacable et indifférent, elle accueille toujours les fidèles et l'appel du muezzin trouble encore les ruelles muettes et sablonneuses alentours.

La bibliothèque de Seif

Chinguetti, murée dans un silence à peine troublé par quelques éclats de voix fantomatiques, se dévoile au détour d'un éboulis de pierres aux reflets rosés, d'une porte solide fermée par un étroit cadenas ou d'une fenêtre entrouverte sur un vide poussiéreux. Et puis, par un bel hasard, on tombe sur la bibliothèque de Seif Islam. L'homme chaleureux vous accueille dans sa maison familiale, celle des Al Ahmed Mahmoud. C'est une des plus anciennes bâtisses du lieu. Elle dispose d'un puit de 2,5 mètres de profondeur et d'1 mètre de diamètre ; sa construction, austère mais parée de niches murales décoratives, est en grès, les linteaux en troncs de palmiers et les portes en acacia.

La famille Al Ahmed Mahmoud fait partie des dix autres lignées qui détiennent des bibliothèques dans la vieille ville. Elles étaient une trentaine dans les années 50 mais l'exode massif dû à la sécheresse les a fait fuir et elles ont souvent emporté leurs livres avec elles. La famille de Seif Islam était une famille d'érudits, de cadis (juges musulmans) plus précisément, d'où les nombreux ouvrages concernant le domaine juridique, le droit musulman et le code pénal qui sont à consulter. Econome dans un lycée, Seif s'occupe avec ses maigres moyens de la sauvegarde du patrimoine familial. Le paradoxe : pour entretenir les livres, il est obligé de les montrer aux touristes de passage quitte à les abîmer chaque jour un peu plus, au contact de la lumière et de la poussière.

La clé de Chinguetti

C'est avec entrain pourtant qu'il nous ouvre la porte de ses richesses à l'aide d'une clé de Chinguetti. Cette clé, d'origine yéménite et que l'on retrouve aussi au Mali, en pays Dogon, et au Maroc, ressemble étrangement à une brosse à dents préhistorique& Mais elle permet d'accéder à la salle des imprimés, qui bénéficie d'un système d'éclairage traditionnel faisant aussi fonction de système d'aération, gardant la température constante au gré des saisons. C'est donc à la source d'un petit puits de lumière que l'on découvre les étagères poussiéreuseset les livresqui les composent.

La deuxième pièce, plus petite et plus sombre, rassemble les manuscrits que seuls les chercheurs et les religieux sont autorisés à consulter. Religion, astrologie, astronomie, médecine, biologie, mathématiques, généalogie& Seif a classé les trésors dans des boîtes d'archives. " On a commencé à scanner les documents car ils sont très fragiles et on aimerait pouvoir en faire profiter tout le monde. Nous espérons à partir de cette base de données mettre un catalogue sur Internet. Cela fait un moment que l'Unesco ou la Fnac (chaîne de distribution française de biens culturels, ndlr) promettent de nous aider financièrement mais nous n'avons toujours rien reçu. Alors on fait avec les moyens du bord. " Dont acte : le guide improvisé sort tout de même quelques exemplaires.

L'heure du crépuscule

On découvre avec émotion un acte de mariage datant du XIIème siècle, petit bout de papier à l'encre noire étonnamment conservée, un Coran du XIIIème siècle délicatement décoré à la poudre d'or ou encore un traité d'astrologie du 18ème siècle. On aperçoit certains ouvrages rongés par les termites. Déchirement. Le temps, suspendu au milieu de tant d'Histoire, est passé malgré tout et Seif vous raccompagne à petits pas.

Le soleil a commencé son repli et les ombres portées des ruines s'allongent. L'air est saturé de l'attente du couchant. Aux bêlements lointains des chèvres et au souffle du vent dans les palmes, se joint alors, pur et presque irréel, le chant d'un petit garçon qui traverse l'espace séparant la nouvelle ville de l'ancienne en sautillant. Solitaire et beau. Comme ce " vieux ksar mystérieux qu'une vague d'or soulève dans le ciel incolore des crépuscules mauritaniens* ".

* Odette du Puigaudeau, Mémoire du Pays Maure, 1934-1960. Voir : Odette du PUIGAUDEAU (1894-1991) - Une Bretonne au désert.

© Afrik.com - 20/04/2003 Site : http://www.afrik.com

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